kr8.me = LE DERNIER JOUR D'UN CONDAMNÉ

Adèle Foucher

rencontres de lorme

Zola ne répondait pas à ces arguments avec lesquels j'essayais de le convaincre, et il réitérait sans cesse son affirmation: Seigneurie du Temple de Gandicourt Département: Martin-Sabon, Félix L'ensemble, très harmonieux, dans un parfait état d'entretien, montre comment une commanderie du Temple, remaniée par les Hospitaliers au XVIe siècle et laissée dans un état de délabrement important au XIXe et au cours du premier XXe siècle, peut et doit être restaurée. Nous ne sommes point fermés à l'univers.

Département de l'Oise

C'est vers , que Renaud, seigneur de Rouy-en-Vermandois et de Pont-l'évêque, aurait acheté des Templiers leur maison de Passel, pour y établir une chartreuse. Je vais mourir, mais vous allez régner. Ces grands navigateurs, n'ayant pas encore jeté l'ancre, n'admettaient pas que mes inquiétudes différassent de leur curiosité. Il est un peu brusque. Monsieur, Votre pensée a devancé la mienne. Je n'éprouvais, en assistant aux cérémonies, qu'une trépidation intérieure, ce petit trémulement que l'on subit, en voyant, en écoutant ou en lisant une belle oeuvre, mais il n'y avait pas d'attaque précise, de mise en demeure de se prononcer.

Les trois causeurs levèrent la tête. Et il parut prêt à prononcer un nom. Ma mère, pâle, mit un doigt sur sa bouche. L'apparition, c'en était une pour moi, reprit: Il y eut un silence. Le général Lucotte, qui était jeune, riche, beau, heureux, tendit la main à l'inconnu et dit: L'inconnu, dont je remarquais la face sévère, l'oeil profond et les cheveux grisonnants, repartit: Ce mot, Bonaparte, m'étonnait beaucoup.

Depuis, j'ai compris ces familiarités hautaines de la vérité. Ce jour-là, j'entendais pour la première fois le grand tutoiement de l'histoire. Les trois hommes, c'étaient trois généraux, écoutaient stupéfaits et sérieux. Pour effacer Brumaire, je ferais tous les sacrifices. La France grande, c'est bien ; la France libre, c'est mieux. Pour revoir la France libre, je donnerais ma fortune.

Il y eut encore un silence. On entendait le grand bruit de Paris joyeux, les arbres étaient roses, le reflet de la fête éclairait les visages de ces hommes, les constellations s'effaçaient au-dessus de nos têtes dans le flamboiement de Paris illuminé, la lueur de Napoléon semblait remplir le ciel. Tout à coup l'homme si brusquement apparu se tourna vers moi qui avais peur et me cachais un peu, me regarda fixement, et me dit: Et il posa sa main sur ma petite épaule, tressaillement que je garde encore.

Et il rentra sous les arbres, d'où il venait de sortir. Qui était cet homme? Victor Fanneau de Lahorie était un gentilhomme breton rallié à la république. Il était l'ami de Moreau, breton aussi. En Vendée, Lahorie connut mon père, plus jeune que lui de vingt-cinq ans. Plus tard, il fut son ancien à l'armée du Rhin ; il se noua entre eux une de ces fraternités d'armes qui font qu'on donne sa vie l'un pour l'autre.

En Lahorie fut impliqué dans la conspiration de Moreau contre Bonaparte. Il fut proscrit, sa tête fut mise à prix, il n'avait pas d'asile ; mon père lui ouvrit sa maison ; la vieille chapelle des Feuillantines, ruine, était bonne à protéger cette autre ruine, un vaincu.

Lahorie accepta l'asile comme il l'eût offert, simplement ; et il vécut dans cette ombre, caché. Mon père et ma mère seuls savaient qu'il était là. Le jour où il parla aux trois généraux, peut-être fit-il une imprudence. Son apparition nous surprit fort, nous les enfants. Quant au vieux prêtre, il avait eu dans sa vie une quantité de proscription suffisante pour lui ôter l'étonnement.

Quelqu'un qui était caché, c'était pour ce bonhomme quelqu'un qui savait à quel temps il avait affaire ; se cacher, c'était comprendre. Ma mère nous recommanda le silence, que les enfants gardent si religieusement. A dater de ce jour, cet inconnu cessa d'être mystérieux dans la maison. A quoi bon la continuation du mystère, puisqu'il s'était montré?

Il mangeait à la table de famille, il allait et venait dans le jardin, et donnait çà et là des coups de bêche, côte à côte avec le jardinier ; il nous conseillait ; il ajoutait ses leçons aux leçons du prêtre ; il avait une façon de me prendre dans ses bras qui me faisait rire et qui me faisait peur ; il m'élevait en l'air, et me laissait presque retomber jusqu'à terre. Une certaine sécurité, habituelle à tous les exils prolongés, lui était venue.

Pourtant il ne sortait jamais. Ma mère était un peu inquiète, bien que nous fussions entourés de fidélités absolues. Lahorie était un homme simple, doux, austère, vieilli avant l'âge, savant, ayant le grave héroïsme propre aux lettrés. Une certaine concision dans le courage distingue l'homme qui remplit un devoir de l'homme qui joue un rôle ; le premier est Phocion, le second est Murat.

Il y avait du Phocion dans Lahorie. Nous les enfants, nous ne savions rien de lui, sinon qu'il était mon parrain. Il m'avait vu naître ; il avait dit à mon père: Hugo est un mot du nord, il faut l'adoucir par un mot du midi, et compléter le germain par le romain. Et il me donna le nom de Victor, qui du reste était le sien. Quant à son nom historique, je l'ignorais. Ma mère lui disait général, je l'appelais mon parrain Il habitait toujours la masure du fond du jardin, peu soucieux de la pluie et de la neige qui, l'hiver, entraient par les croisées sans vitres ; il continuait dans cette chapelle son bivouac.

Il avait derrière l'autel un lit de camp, avec ses pistolets dans un coin, et un Tacite qu'il me faisait expliquer. J'aurai toujours présent à la mémoire le jour où il me prit sur ses genoux, ouvrit ce Tacite qu'il avait, un in-octavo relié en parchemin, édition Herhan, et me lut cette ligne: Urbem Romam a principio reges habuere. Il s'interrompit et murmura à demi-voix: Et, me regardant tendrement, il redit cette grande parole: Un jour il disparut de la maison. Nous allâmes rejoindre mon père en Espagne.

Puis nous revînmes aux Feuillantines. Un soir d'octobre , je passais, donnant la main à ma mère, devant l'église Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Une grande affiche blanche était placardée sur une des colonnes du portail, celle de droite ; je vais quelquefois revoir cette colonne. Les passants regardaient obliquement cette affiche, semblaient en avoir un peu peur, et, après l'avoir entrevue, doublaient le pas. Ma mère s'arrêta, et me dit: Cette figure est une de celles qui n'ont jamais disparu de mon horizon.

Le temps, loin de la diminuer, l'a accrue. En s'éloignant, elle s'est augmentée, d'autant plus haute qu'elle était plus lointaine, ce qui n'est propre qu'aux grandeurs morales. L'influence sur moi a été ineffaçable. Ce n'est pas vainement que j'ai eu, tout petit, de l'ombre de proscrit sur ma tête, et que j'ai entendu la voix de celui qui devait mourir dire ce mot du droit et du devoir: Un mot a été le contre-poids de toute une éducation.

L'homme qui publie aujourd'hui ce recueil, Actes et Paroles, et qui dans ces volumes, Avant l'exil, Pendant l'exil, Depuis l'exil, ouvre à deux battants sa vie à ses contemporains, cet homme a traversé beaucoup d'erreurs. Il compte, si Dieu lui en accorde le temps, en raconter les péripéties sous ce titre: Histoire des révolutions intérieures d'une conscience honnête. Tout homme peut, s'il est sincère, refaire l'itinéraire, variable pour chaque esprit, du chemin de Damas.

Lui, comme il l'a dit quelque part, il est fils d'une vendéenne, amie de madame de la Rochejaquelein, et d'un soldat de la révolution et de l'empire, ami de Desaix, de Jourdan et de Joseph Bonaparte ; il a subi les conséquences d'une éducation solitaire et complexe où un proscrit républicain donnait la réplique à un proscrit prêtre.

Il y a toujours eu en lui le patriote sous le vendéen ; il a été napoléonien en , bourbonnien en ; comme presque tous les hommes du commencement de ce siècle, il a été tout ce qu'a été le siècle ; illogique et probe, légitimiste et voltairien, chrétien littéraire, bonapartiste libéral, socialiste à tâtons dans la royauté ; nuances bizarrement réelles, surprenantes aujourd'hui ; il a été de bonne foi toujours ; il a eu pour effort de rectifier son rayon visuel au milieu de tous ces mirages ; toutes les approximations possibles du vrai ont tenté tour à tour et quelquefois trompé son esprit ; ces aberrations successives, où, disons-le, il n'y a jamais eu un pas en arrière, ont laissé trace dans ses oeuvres ; on peut en constater çà et là l'influence ; mais, il le déclare ici, jamais, dans tout ce qu'il a écrit, même dans ses livres d'enfant et d'adolescent, jamais on ne trouvera une ligne contre la liberté.

Il y a eu lutte dans son âme entre la royauté que lui avait imposée le prêtre catholique et la liberté que lui avait recommandée le soldat républicain ; la liberté a vaincu.

Là est l'unité de sa vie. Il cherche à faire en tout prévaloir la liberté. La liberté, c'est, dans la philosophie, la Raison, dans l'art, l'Inspiration, dans la politique, le Droit. Chose singulière, on pourrait presque dire qu'à cette époque la liberté lui masqua la république. Sortant d'une série de monarchies essayées et mises au rebut tour à tour, monarchie impériale, monarchie légitime, monarchie constitutionnelle, jeté dans des faits inattendus qui lui semblaient illogiques, obligé de constater à la fois dans les chefs guerriers qui dirigeaient l'état l'honnêteté et l'arbitraire, ayant malgré lui sa part de l'immense dictature anonyme qui est le danger des assemblées uniques, il se décida à observer, sans adhésion, ce gouvernement militaire où il ne pouvait reconnaître un gouvernement démocratique, se borna à protéger les principes quand ils lui parurent menacés et se retrancha dans la défense du droit méconnu.

En , il y eut presque un dix-huit fructidor ; les dix-huit fructidor ont cela de funeste qu'ils donnent le modèle et le prétexte aux dix-huit brumaire, et qu'ils font faire par la république des blessures à la liberté ; ce qui, prolongé, serait un suicide. L'insurrection de juin fut fatale, fatale par ceux qui l'allumèrent, fatale par ceux qui l'éteignirent ; il la combattit ; il fut un des soixante représentants envoyés par l'assemblée aux barricades.

Mais, après la victoire, il dut se séparer des vainqueurs. Vaincre, puis tendre la main aux vaincus, telle est la loi de sa vie. On fit le contraire. Il y a bien vaincre et mal vaincre. L'insurrection de fut mal vaincue. Au lieu de pacifier, on envenima ; au lieu de relever, on foudroya ; on acheva l'écrasement ; toute la violence soldatesque se déploya ; Cayenne, Lambessa, déportation sans jugement ; il s'indigna ; il prit fait et cause pour les accablés ; il éleva la voix pour toutes ces pauvres familles désespérées ; il repoussa cette fausse république de conseils de guerre et d'état de siège.

Un jour, à l'assemblée, le représentant Lagrange, homme vaillant, l'aborda et lui dit: L'éclair qui jaillit des événements lui entra dans l'esprit. Ce genre d'éclair, une fois qu'il a brillé, ne s'efface pas. Un éclair qui reste, c'est là la lumière du vrai dans la conscience. En , cette clarté définitive se fit en lui. Quand il vit Rome terrassée au nom dé la France, quand il vit la majorité, jusqu'alors hypocrite, jeter tout à coup le masque par la bouche duquel, le 4 mai , elle avait dix-sept fois crié: Une morte était à terre, on criait: Alors il se pencha vers ce cadavre, et il l'épousa.

Il vit devant lui la chute, la défaite, la ruine, l'affront, la proscription, et il dit: Tout de suite, le 15 juin, il monta à la tribune, et il protesta.

A partir de ce jour, la jonction fut faite dans son âme entre la république et la liberté. A partir de ce jour, sans trêve, sans relâche, presque sans reprise d'haleine, opiniâtrément, pied à pied, il lutta pour ces deux grandes calomniées.

Enfin, le 2 décembre , ce qu'il attendait, il l'eut ; vingt ans d'exil. Telle est l'histoire de ce qu'on a appelé son apostasie. Grande date pour lui. Alors commencèrent les luttes tragiques. Il y eut de mémorables orages ; l'avenir attaquait, le passé résistait. A cette étrange époque le passé était tout-puissant. Il était omnipotent, ce qui ne l'empêchait pas d'être mort.

Toutes les questions se présentèrent ; indépendance nationale, liberté individuelle, liberté de conscience, liberté de pensée, liberté de parole, liberté de tribune et de presse, question du mariage dans la femme, question de l'éducation dans l'enfant, droit au travail à propos du salaire, droit à la patrie à propos de la déportation, droit à la vie à propos de la réforme du code, pénalité décroissante par l'éducation croissante, séparation de l'église et de l'état, la propriété des monuments, églises, musées, palais dits royaux, rendue à la nation, la magistrature restreinte, le jury augmenté, l'armée européenne licenciée par la fédération continentale, l'impôt de l'argent diminué, l'impôt du sang aboli, les soldats retirés au champ de bataille et restitués au sillon comme travailleurs, les douanes supprimées, les frontières effacées, les isthmes coupés, toutes les ligatures disparues, aucune entrave à aucun progrès, les idées circulant dans la civilisation comme le sang dans l'homme.

Tout cela fut débattu, proposé, imposé parfois. On trouvera ces luttes dans ce livre. L'homme qui esquisse en ce moment sa vie parlementaire, entendant un jour les membres de la droite exagérer le droit du père, leur jeta ce mot inattendu, le droit de l'enfant.

Un autre jour, sans cesse préoccupé du peuple et du pauvre, il les stupéfia par cette affirmation: On peut détruire la misère. C'est une vie violente que celle des orateurs.

Dans les assemblées ivres de leur triomphe et de leur pouvoir, les minorités étant les trouble-fête sont les souffre-douleurs. C'est dur de rouler cet inexorable rocher de Sisyphe, le droit ; on le monte, il retombe.

C'est là l'effort des minorités. La beauté du devoir s'impose ; une fois qu'on l'a comprise, on lui obéit, plus d'hésitation ; le sombre charme du dévouement attire les consciences, et l'on accepte les épreuves avec une joie sévère. L'approche de la lumière a cela de terrible qu'elle devient flamme. Elle éclaire d'abord, réchauffe ensuite, et dévore enfin.

N'importe, on s'y précipite. On augmente cette clarté du rayonnement de son propre sacrifice ; brûler, c'est briller ; quiconque souffre pour la vérité la démontre. Huer avant de proscrire, c'est le procédé ordinaire des majorités furieuses ; elles préludent à la persécution matérielle par la persécution morale, l'imprécation commence ce que l'ostracisme achèvera ; elles parent la victime pour l'immolation avec toute la rhétorique de l'injure ; et elles l'outragent, c'est leur façon de la couronner.

Celui qui parle ici traversa ces diverses façons d'agir, et n'eut qu'un mérite, le dédain. Il fit son devoir, et, ayant pour salaire l'affront, il s'en contenta. Ce qu'étaient ces affronts, on le verra en lisant ce recueil de vérités insultées.

En veut-on quelques exemples? Un jour, le 17 juillet , il dénonça à la tribune la conspiration de Louis Bonaparte, et déclara que le président voulait se faire empereur. Une voix lui cria: Cette voix a depuis prêté serment à l'empire moyennant trente mille francs par an.

Une autre fois, comme il combattait la féroce loi de déportation, une voix lui jeta cette interruption: Cet interrupteur-là aussi a été sénateur de l'empire. Une autre fois, on ne sait qui, sénateur également plus tard, l'apostrophait ainsi: Du soleil levant de l'exil, oui. Le jour où il dit à la tribune ce mot que personne encore n'y avait prononcé: Il leva les yeux au ciel, se dressa debout, traversa toute la salle, fit signe aux membres de la majorité de le suivre, et sortit.

On ne le suivit pas, il rentra. Parfois les huées et les éclats de rire duraient un quart d'heure. L'orateur qui parle ici en profitait pour se recueillir. Pendant l'insulte, il s'adossait au mur de la tribune et méditait.

Ce même 17 juillet fut le jour où il prononça le mot: Sur ce mot, la fureur de la majorité fut telle et éclata en de si menaçantes rumeurs, que cela s'entendait du dehors et qu'il y avait foule sur le pont de la Concorde pour écouter ce bruit d'orage. Ce jour-là, il monta à la tribune, croyant y rester vingt minutes, il y resta trois heures. Il eut contre lui tout le parti de l'ordre et toutes les nuances conservatrices, depuis M. Être un contre tous, cela est quelquefois laborieux. Il ripostait dans l'occasion, tâchant de rendre coup pour coup.

Une fois à propos d'une loi d'éducation cléricale cachant l'asservissement des études sous cette rubrique, liberté de l'enseignement, il lui arriva de parler du moyen âge, de l'inquisition, de Savonarole, de Giordano Bruno, et de Campanella appliqué vingt-sept fois à la torture pour ses opinions philosophiques, les hommes de la droite lui crièrent: Il les regarda fixement, et leur dit: Cela les fit taire.

Un autre jour, je répliquais à je ne sais quelle attaque d'un Montalembert quelconque, la droite entière s'associa à l'attaque, qui était, cela va sans dire, un mensonge, quel mensonge? Vous êtes un empoisonneur public! Ainsi caractérisé à bout portant et effleuré par cette intention de meurtrissure, je fis un signe de la main, les clameurs s'interrompirent, on est furieux mais curieux, on se tut, et, dans ce silence d'attente, de ma voix la plus polie, je dis: Le silence redoubla et j'ajoutai: Et la tempête s'acheva par un rire qui, cette fois, ne fut pas contre moi.

Ces choses-là ne sont pas toujours au Moniteur. Habituellement la droite avait beaucoup de verve. Tel était le crescendo. Injure, ironie, sarcasme, et çà et là la calomnie, S'en fâcher, pourquoi? Washington, traité par la presse hostile d'escroc et de filou pick-pocket , en rit dans ses lettres. Un jour, un célèbre ministre anglais ; éclaboussé à la tribune de la même façon, donna une chiquenaude à sa manche, et dit: Les haines, les noirceurs, les mensonges, boue aujourd'hui, poussière demain.

Ne répondons pas à la colère par la colère. Ne soyons pas sévères pour des cécités. Le crieur ignore son cri. L'insulteur est-il responsable de l'insulte? Pour être responsable il faut être intelligent. Les chefs comprenaient jusqu'à un certain point les actions qu'ils commettaient ; les autres, non. La main est responsable, la fronde l'est peu, la pierre ne l'est pas. Fureurs, injustices, calomnies, soit. Ne lui est-il jamais arrivé de se laisser conduire par le mouvement de la parole au delà de sa pensée?

Avouons-le, c'est dans la parole qu'il y a du hasard. On ne sait quel trépied est mêlé à la tribune, ce lieu sonore est un lieu mystérieux, on y sent l'effluve inconnu, le vaste esprit de tout un peuple vous enveloppe et s'infiltre dans votre esprit, la colère des irrités vous gagne, l'injustice des injustes vous pénètre, vous sentez monter en vous la grande indignation sombre, la parole va et vient de la conviction fixe et sereine à la révolte plus ou moins mesurée contre l'incident inattendu.

De là des oscillations redoutables. On se laisse entraîner, ce qui est un danger, et emporter, ce qui est un tort. On fait des fautes de tribune. L'orateur qui se confesse ici n'y a point échappé. En dehors des discours purement de réplique et de combat, tous les discours de tribune qu'on trouvera dans ce livre ont été ce qu'on appelle improvisés. L'improvisation, dans les graves questions politiques, implique la préméditation, provisam rem, dit Horace.

La préméditation fait que, lorsqu'on parle, les mots ne viennent pas malgré eux ; la longue incubation de l'idée facilite l'éclosion immédiate de l'expression. L'improvisation n'est pas autre chose que l'ouverture subite et à volonté de ce réservoir, le cerveau, mais il faut que le réservoir soit plein. De la plénitude de la pensée résulte l'abondance de la parole.

Au fond, ce que vous improvisez semble nouveau à l'auditoire, mais est ancien chez vous. Celui-là parle bien qui dépense la méditation d'un jour, d'une semaine, d'un mois, de toute sa vie parfois, en une parole d'une heure. Les mots arrivent aisément surtout à l'orateur qui est écrivain, qui a l'habitude de leur commander et d'être servi par eux, et qui, lorsqu'il les sonne, les fait venir.

L'improvisation, c'est la veine piquée, l'idée jaillit. Mais cette facilité même est un péril. Toute rapidité est dangereuse. Vous avez chance et vous courez risque de mettre la main sur l'exagération et de la lancer à vos ennemis.

Le premier mot venu est quelquefois un projectile. De là l'excellence des discours écrits. Les assemblées y reviendront peut-être. Est-ce qu'on peut être orateur avec un discours écrit? On a fait cette question. Tous les discours de Démosthène et de Cicéron sont des discours écrits. Ce discours sent l'huile, disait le zoïle quelconque de Démosthène. Royer-Collard, ce pédant charmant, ce grand esprit étroit, était un orateur ; il n'a prononcé que des discours écrits ; il arrivait, et posait son cahier sur la tribune.

Les trois quarts des harangues de Mirabeau sont des harangues écrites, qui parfois même, et nous le blâmons de ceci, ne sont pas de Mirabeau ; il débitait à la tribune, comme de lui, tel discours qui était de Talleyrand, tel discours qui était de Malouet, tel discours qui était de je ne sais plus quel suisse dont le nom nous échappe. Danton écrivait souvent ses discours ; on en a retrouvé des pages, toutes de sa main, dans son logis de la cour du Commercé.

Quant à Robespierre, sur dix harangues, neuf sont écrites. Dans les nuits qui précédaient son apparition à la tribune, il écrivait ce qu'il devait dire, lentement, correctement, sur sa petite table de sapin, avec un Racine ouvert sous les yeux. L'improvisation a un avantage, elle saisit l'auditoire ; elle saisit aussi l'orateur, c'est là son inconvénient ; Elle le pousse à ces excès de polémique oratoire qui sont comme le pugilat de la tribune.

Celui qui parle ici, réserve faite de la méditation préalable, n'a prononcé dans les assemblées que des discours improvisés. De là des violences de paroles, de là des fautes. Voulaient-ils faire le mal? Non ; ils trompaient, mais ils se trompaient, c'est là leur circonstance atténuante. Ils croyaient avoir la vérité, et ils mentaient au service de la vérité. Leur pitié pour la société était impitoyable pour le peuple. De là tant de lois et tant d'actes aveuglément féroces.

Ces hommes, plutôt cohue que sénat, assez innocents au fond, criaient pêle-mêle sur leurs bancs, ayant des ressorts qui les faisaient mouvoir, huant ou applaudissant selon le fil tiré, proscrivant au besoin, pantins pouvant mordre.

Ils avaient pour chefs les meilleurs d'entre eux, c'est-à-dire les pires. Celui-ci, ancien libéral rallié aux servitudes, demandait qu'il n'y eût plus qu'un seul journal, le Moniteur, ce qui faisait dire à son voisin l'évêque Parisis: Cet autre, pesamment léger, académicien de l'espèce qui parle bien et écrit mal.

Cet autre, habit noir, cravate blanche, cordon rouge, gros souliers, président, procureur, tout ce qu'on veut, qui eût pu être Cicéron s'il n'avait été Guy-Patin, jadis avocat spirituel, le dernier des lâches. Cet autre, homme de simarre et grand juge de l'empire à trente ans, remarquable maintenant par son chapeau gris et son pantalon de nankin, sénile dans sa jeunesse, juvénile dans sa vieillesse, ayant commencé comme Lamoignon et finissant comme Brummel.

Cet autre, ancien héros déformé, interrupteur injurieux, vaillant soldat devenu clérical trembleur, général devant Abd-el-Kader, caporal derrière Nonotte et Patouillet, se donnant, lui si brave, la peine d'être bravache, et ridicule par où il eût dû être admiré, ayant réussi à faire de sa très réelle renommée militaire un épouvantail postiche, lion qui coupe sa crinière et s'en fait une perruque.

Cet autre, faux orateur, ne sachant que lapider avec des grossièretés, et n'ayant de ce qui était dans la bouche de Démosthène que les cailloux. Celui-ci, déjà nommé, d'où était sortie l'odieuse parole Expédition de Rome à l'intérieur, vanité du premier ordre, parlant du nez par élégance, jargonnant, le lorgnon à l'oeil, une petite éloquence impertinente, homme de bonne compagnie un peu poissard, mêlant la halle à l'hôtel de Rambouillet, jésuite longtemps échappé dans la démagogie, abhorrant le czar en Pologne et voulant le knout à Paris, poussant le peuple à l'église et à l'abattoir, berger de l'espèce bourreau.

Cet autre, insulteur aussi, et non moins zélé serviteur de Rome, intrigant du bon Dieu, chef paisible des choses souterraines, figure sinistre et douce avec le sourire de la rage.

A quoi bon ce dénombrement? Et caetera, dit l'histoire. Tous ces masques sont déjà des inconnus. Laissons tranquille l'oubli reprenant ce qui est à lui. Laissons la nuit tomber sur les hommes de nuit. Le vent du soir emporte de l'ombre, laissons-le faire. En quoi cela nous regarde-t-il, un effacement de silhouette à l'horizon? S'il y a eu pour plusieurs d'entre nous quelque labeur et quelque épreuve, une tempête plus ou moins longue, quelques jets d'écume sur l'écueil, un peu de ruine, un peu d'exil, qu'importé si la fin est bonne pour toi, France, pour toi, peuple!

La proscription est dure, la calomnie est noire, la vie loin de la patrie est une insomnie lugubre, mais qu'importe si l'humanité grandit et se délivre! C'est tout cela que nous avons voulu. Il y a des saisons sociales, il y a pour la civilisation des traversées climatériques, qu'importe notre fatigue dans l'ouragan!

Et qu'est-ce que cela fait que nous ayons été malheureux si c'est pour le bien, si décidément le genre humain passe de son décembre à son avril, si l'hiver des despotismes et des guerres est fini, s'il ne nous neige plus de superstitions et de préjugés sur la tête, et si, après toutes les nuées évanouies, féodalités, monarchies, empires, tyrannies, batailles et carnages, nous voyons enfin poindre à l'horizon rosé cet éblouissant floréal des peuples, la paix universelle!

Prévoir ressemble quelquefois à errer ; le vrai trop lointain fait sourire. Dire qu'un oeuf a des ailes, cela semble absurde, et cela est pourtant véritable. L'effort du penseur, c'est de méditer utilement. Il y a la méditation perdue qui est rêverie, et la méditation féconde qui est incubation. Le vrai penseur couve. C'est de cette incubation que sortent, à des heures voulues, les diverses formes du progrès destinées à s'envoler dans le grand possible humain, dans la réalité, dans la vie.

Arrivera-t-on à l'extrémité du progrès? Il ne faut pas rendre la mort inutile. L'homme ne sera complet qu'après la vie. Approcher toujours, n'arriver jamais ; telle est la loi. La civilisation est une asymptote. Toutes les formes du progrès sont la Révolution. La Révolution, c'est là ce que nous faisons, c'est là ce que nous pensons, c'est là ce que nous parlons, c'est là ce que nous avons dans la bouche, dans la poitrine, dans l'âme, La Révolution, c'est la respiration nouvelle de l'humanité.

La Révolution, c'est hier, c'est aujourd'hui, et c'est demain. De là, disons-le, la nécessité et l'impossibilité d'en faire l'histoire. Parce qu'il est indispensable de raconter hier et parce qu'il est impossible de raconter demain. On ne peut que le déduire et le préparer. C'est ce que nous tâchons de faire. Insistons, cela n'est jamais inutile, sur cette immensité de la Révolution. Aucun fait humain n'a eu de plus magnifiques narrateurs, et pourtant cette histoire sera toujours offerte aux historiens comme à faire.

Parce que toutes les histoires sont l'histoire du passé, et que, répétons-le, l'histoire de la Révolution est l'histoire de l'avenir. La Révolution a conquis en avant, elle a découvert et annoncé le grand Chanaan de l'humanité, il y a dans ce qu'elle nous à apporté encore plus de terre promise que de terrain gagné, et à mesure qu'une de ces conquêtes faites d'avance entrera dans le domaine humain, à mesure qu'une de ces promesses se réalisera, un nouvel aspect de la Révolution se révélera, et son histoire sera renouvelée.

Les histoires actuelles n'en seront pas moins définitives, chacune à son point de vue, les historiens contemporains domineront même l'historien futur, comme Moïse domine Cuvier, mais leurs travaux se mettront en perspective et feront partie de l'ensemble complet. Quand cet ensemble sera-t-il complet?

Quand le phénomène sera terminé, c'est-à-dire quand la révolution de France sera devenue, comme nous l'avons indiqué dans les premières pages de cet écrit, d'abord révolution d'Europe, puis révolution de l'homme ; quand l'utopie se sera consolidée en progrès, quand l'ébauche aura abouti au chef-d'oeuvre ; quand à la coalition fratricide des rois aura succédé la fédération fraternelle des peuples, et à la guerre contre tous, la paix pour tous.

Impossible, à moins d'y ajouter le rêve, de compléter dès aujourd'hui ce qui ne se complétera que demain, et d'achever l'histoire d'un fait inachevé, surtout quand ce fait contient une telle végétation d'événements futurs. Entre l'histoire et l'historien la disproportion est trop grande. Rien de plus colossal. Regardez ce qui est déjà derrière nous. La Terreur est un cratère, la Convention est un sommet.

Tout l'avenir est en fermentation dans ces profondeurs. Le peintre est effaré par l'inattendu des escarpements. Les lignes trop vastes dépassent l'horizon. Le regard humain a des limites, le procédé divin n'en a pas. Dans ce tableau à faire vous vous borneriez à un seul personnage, prenez qui vous voudrez, que vous y sentiriez l'infini. D'autres horizons sont moins démesurés.

Ainsi, par exemple, à un moment donné de l'histoire, il y a d'un côté Tibère et de l'autre Jésus. Mais le jour où Tibère et Jésus font leur jonction dans un homme et s'amalgament dans un être formidable ensanglantant la terre et sauvant le monde, l'historien romain lui-même aurait un frisson, et Robespierre déconcerterait Tacite. Par moments on craint de finir par être forcé d'admettre une sorte de loi morale mixte qui semble se dégager de tout cet inconnu.

Aucune des dimensions du phénomène ne s'ajuste à la nôtre. La hauteur est inouïe et se dérobe à l'observation. Si grand que soit l'historien, cette énormité le déborde. La Révolution française racontée par un homme, c'est un volcan expliqué par une fourmi. En présence de cet ouragan énorme, pas encore fini, entr'aidons-nous les uns les autres.

Nous ne sommes pas assez hors de danger pour ne point nous tendre la main. O mes frères, réconcilions-nous. Prenons la route immense de l'apaisement.

On s'est assez haï. Oui, tendons-nous tous la main. Que les grands aient pitié des petits, et que les petits fassent grâce aux grands. Quand donc comprendra-t-on que nous sommes sur le même navire, et que le naufrage est indivisible? Cette mer qui nous menace est assez grande pour tous, il y a de l'abîme pour vous comme pour moi. Je l'ai dit déjà ailleurs, et je le répète. Sauver les autres, c'est se sauver soi-même.

La solidarité est terrible, mais la fraternité est douce. O mes frères, soyons frères! Voulons-nous terminer notre malheur? Vous verrez comme ce sourire sera beau. Envoyons aux exils lointains la flotte lumineuse du retour, restituons les maris aux femmes, les travailleurs aux ateliers, les familles aux foyers, restituons-nous à nous-mêmes ceux qui ont été nos ennemis.

Est-ce qu'il n'est pas enfin temps de s'aimer? Voulez-vous qu'on ne recommence pas? En sévissant, on perpétue. Qui tue son ennemi fait vivre la haine. Il n'y a qu'une façon d'achever les vaincus, leur pardonner. Les guerres civiles s'ouvrent par toutes les portes et se ferment par une seule, la clémence. La plus efficace des répressions, c'est l'amnistie. O femmes qui pleurez, je voudrais vous rendre vos enfants. J'ai par moments le coeur serré. Je songe au mal du pays.

J'en ai eu ma part peut-être. Sait-on de quelle nuit tombante se compose la nostalgie? Je me figure la sombre âme d'un pauvre enfant de vingt ans qui sait à peine ce que la société lui veut, qui subit pour ou ne sait quoi, pour un article de journal, pour une page fiévreuse écrite dans la folie, ce supplice démesuré, l'exil éternel, et qui, après une journée de bagne, le crépuscule venu, s'assied sur la falaise sévère, accablé sous l'énormité de la guerre civile et sous la sérénité des étoiles!

Chose horrible, le soir et l'océan à cinq mille lieues de sa mère! Ce cri de nos âmes n'est pas seulement tendre, il est raisonnable. La douceur n'est pas seulement la douceur, elle est l'habileté. Pourquoi condamner l'avenir au grossissement des vengeances gonflées de pleurs et à la sinistre répercussion des rancunes! Allez dans les bois, écoutez les échos, et songez aux représailles ; cette voix obscure et lointaine qui vous répond, c'est votre haine qui revient contre vous.

Prenez garde, l'avenir est bon débiteur, et votre colère, il vous la rendra. Regardez les berceaux, ne leur noircissez pas la vie qui les attend. Si nous n'avons pas pitié des enfants, des autres, ayons pitié de nos enfants.

N'importe, persistons, nous qui voulons qu'on promette et non qu'on menace, nous qui voulons qu'on guérisse et non qu'on mutile, nous qui voulons qu'on vive et non qu'on meure. Les grandes lois d'en haut sont avec nous. Il y a un profond parallélisme entre la lumière qui nous vient du soleil et la clémence qui nous vient de Dieu. Il y aura une heure de pleine fraternité, comme il y a une heure de plein midi.

Ne perds pas courage, ô pitié! Quant à moi, je ne me lasserai pas, et ce que j'ai écrit dans tous mes livres, ce que j'ai attesté par tous mes actes, ce que j'ai dit à tous les auditoires, à la tribune des pairs comme dans le cimetière des proscrits, à l'assemblée nationale de France comme à la fenêtre lapidée de la place des Barricades de Bruxelles, je l'attesterai, je l'écrirai, et je le dirai sans cesse: Les heureux doivent avoir pour malheur les malheureux.

L'égoïsme social est un commencement de sépulcre. Marchons en avant, remorquons en arrière. La prospérité matérielle n'est pas la félicité morale, l'étourdissement n'est pas la guérison, l'oubli n'est pas le paiement. Aidons, protégeons, secourons, avouons la faute publique et réparons-la. Tout ce qui souffre accuse, tout ce qui pleure dans l'individu saigne dans la société, personne n'est tout seul, toutes les fibres vivantes tressaillent ensemble et se confondent, les petits doivent être sacrés aux grands, et c'est du droit de tous les faibles que se compose le devoir de tous les forts.

Victor Hugo fut nommé membre de l'académie française, par 18 voix contre 16, le 7 janvier Il prit séance le 2 juin.

Un homme la remplissait alors et la faisait si grande qu'elle remplissait l'Europe. Cet homme, sorti de l'ombre, fils d'un pauvre gentilhomme corse, produit de deux républiques, par sa famille de la république de Florence, par lui-même de la république française, était arrivé en peu d'années à la plus haute royauté qui jamais peut-être ait étonné l'histoire. Il était prince par le génie, par la destinée et par les actions. Tout en lui indiquait le possesseur légitime d'un pouvoir providentiel.

Il avait eu pour lui les trois conditions suprêmes, l'événement, l'acclamation et la consécration. Une révolution l'avait enfanté, un peuple l'avait choisi, un pape l'avait couronné.

Des rois et des généraux, marqués eux-mêmes par la fatalité, avaient reconnu en lui, avec l'instinct que leur donnait leur sombre et mystérieux avenir, l'élu du destin. Il était l'homme auquel Alexandre de Russie, qui devait périr à Taganrog, avait dit: Vous êtes prédestiné du ciel ; auquel Kléber, qui devait mourir en Egypte, avait dit: Vous êtes grand comme le monde ; auquel Desaix, tombé à Marengo, avait dit: Je suis le soldat et vous êtes le général ; auquel Valhubert, expirant à Austerlitz, avait dit: Je vais mourir, mais vous allez régner.

Sa renommée militaire était immense, ses conquêtes étaient colossales. Chaque année il reculait les frontières de son empire au delà même des limites majestueuses et nécessaires que Dieu a données à la France.

Sous cet homme, la France avait cent trente départements ; d'un côté elle touchait aux bouches de l'Elbe, de l'autre elle atteignait le Tibre.

Il était le souverain de quarante-quatre millions de français et le protecteur de cent millions d'européens. Dans la composition hardie de ses frontières, il avait employé comme matériaux deux grands-duchés souverains, la Savoie et la Toscane, et cinq anciennes républiques, Gênes, les États romains, les États vénitiens, le Valais et les Provinces-Unies.

Il avait construit son état au centre de l'Europe comme une citadelle, lui donnant pour bastions et pour ouvrages avancés dix monarchies qu'il avait fait entrer à la fois dans son empire et dans sa famille. De tous les enfants, ses cousins et ses frères, qui avaient joué avec lui dans la petite cour de la maison natale d'Ajaccio, il avait fait des têtes couronnées.

Il avait marié son fils adoptif à une princesse de Bavière et son plus jeune frère à une princesse de Wurtemberg. Quant à lui, après avoir ôté à l'Autriche l'empire d'Allemagne qu'il s'était à peu près arrogé sous le nom de Confédération du Rhin, après lui avoir pris le Tyrol pour l'ajouter à la Bavière et l'Illyrie pour la réunir à la France, il avait daigné épouser une archiduchesse.

Tout dans cet homme était démesuré et splendide. Il était au-dessus de l'Europe comme une vision extraordinaire. Une fois on le vit au milieu de quatorze personnes souveraines, sacrées et couronnées, assis entre le césar et le czar sur un fauteuil plus élevé que le leur. Un jour il donna à Talma le spectacle d'un parterre de rois. N'étant encore qu'à l'aube de sa puissance, il lui avait pris fantaisie de toucher au nom de Bourbon dans un coin de l'Italie et de l'agrandir à sa manière ; de Louis, duc de Parme, il avait fait un roi d'Étrurie.

A la même époque, il avait profité d'une trêve, puissamment imposée par son influence et par ses armes, pour faire quitter aux rois de la Grande-Bretagne ce titre de rois de France qu'ils avaient usurpé quatre cents ans, et qu'ils n'ont pas osé reprendre depuis, tant il leur fut alors bien arraché.

La révolution avait effacé les fleurs de lys de l'écusson de France ; lui aussi, il les avait effacées, mais du blason d'Angleterre ; trouvant ainsi moyen de leur faire honneur de la même manière dont on leur avait fait affront. Par décret impérial il divisait la Prusse en quatre départements, il mettait les Iles Britanniques en état de blocus, il déclarait Amsterdam troisième ville de l'empire,-Rome n'était que la seconde,-ou bien il affirmait au monde que la maison de Bragance avait cessé de régner.

Quand il passait le Rhin, les électeurs d'Allemagne, ces hommes qui avaient fait des empereurs, venaient au-devant de lui jusqu'à leurs frontières dans l'espérance qu'il les ferait peut-être rois. L'antique royaume de Gustave Wasa, manquant d'héritier et cherchant un maître, lui demandait pour prince un de ses maréchaux. Il était compris, grondé et adoré de ses soldats, vieux grenadiers familiers avec leur empereur et avec la mort.

Le lendemain des batailles, il avait avec eux de ces grands dialogues qui commentent superbement les grandes actions et qui transforment l'histoire en épopée. Il entrait dans sa puissance comme dans sa majesté quelque chose de simple, de brusque et de formidable. Il n'avait pas, comme les empereurs d'Orient, le doge de Venise pour grand échanson, ou, comme les empereurs d'Allemagne, le duc de Bavière pour grand écuyer ; mais il lui arrivait parfois de mettre aux arrêts le roi qui commandait sa cavalerie.

Entre deux guerres, il creusait des canaux, il perçait des routes, il dotait des théâtres, il enrichissait des académies, il provoquait des découvertes, il fondait des monuments grandioses, ou bien il rédigeait des codes dans un salon des Tuileries, et il querellait ses conseillers d'état jusqu'à ce qu'il eût réussi à substituer, dans quelque texte de loi, aux routines de la procédure, la raison suprême et naïve du génie. Enfin, dernier trait qui complète à mon sens la configuration singulière de cette grande gloire, il était entré si avant dans l'histoire par ses actions qu'il pouvait dire et qu'il disait: Mon prédécesseur l'empereur Charlemagne ; et il s'était par ses alliances tellement mêlé à la monarchie, qu'il pouvait dire et qu'il disait: Mon oncle le roi Louis XVI.

Cet homme était prodigieux. Sa fortune, messieurs, avait tout surmonté. Comme je viens de vous le rappeler, les plus illustres princes sollicitaient son amitié, les plus anciennes races royales cherchaient son alliance, les plus vieux gentilshommes briguaient son service. Il n'y avait pas une tête, si haute ou si fière qu'elle fût, qui ne saluât ce front sur lequel la main de Dieu, presque visible, avait posé deux couronnes, l'une qui est faite d'or et qu'on appelle la royauté, l'autre qui est faite de lumière et qu'on appelle le génie.

Tout dans le continent s'inclinait devant Napoléon, tout,-excepté six poètes, messieurs,-permettez-moi de le dire et d'en être fier dans cette enceinte,-excepté six penseurs restés seuls debout dans l'univers agenouillé ; et ces noms glorieux, j'ai hâte de les prononcer devant vous, les voici: Que signifiait cette résistance?

Au milieu de cette France qui avait la victoire, la force, la puissance, l'empire, la domination, la splendeur ; au milieu de cette Europe émerveillée et vaincue qui, devenue presque française, participait elle-même du rayonnement de la France, que représentaient ces six esprits révoltés contre un génie, ces six renommées indignées contre la gloire, ces six poëtes irrités contre un héros? Messieurs, ils représentaient en Europe la seule chose qui manquât alors à l'Europe, l'indépendance ; ils représentaient en France la seule chose qui manquât alors à la France, la liberté.

A Dieu ne plaise que je prétende jeter ici le blâme sur les esprits moins sévères qui entouraient alors le maître du monde de leurs acclamations! Cet homme, après avoir été l'étoile d'une nation, en était devenu le soleil.

On pouvait sans crime se laisser éblouir. Il était plus malaisé peut-être qu'on ne pense, pour l'individu que Napoléon voulait gagner, de défendre sa frontière contre cet envahisseur irrésistible qui savait le grand art de subjuguer un peuple et qui savait aussi le grand art de séduire un homme.

Que suis-je, d'ailleurs, messieurs, pour m'arroger ce droit de critique suprême? Quel est mon titre? N'ai-je pas bien plutôt besoin moi-même de bienveillance et d'indulgence à l'heure où j'entre dans cette compagnie, ému de toutes les émotions ensemble, fier des suffrages qui m'ont appelé, heureux des sympathies qui m'accueillent, troublé par cet auditoire si imposant et si charmant, triste de la grande perte que vous avez faite et dont il ne me sera pas donné de vous consoler, confus enfin d'être si peu de chose dans ce lieu vénérable que remplissent à la fois de leur éclat serein et fraternel d'augustes morts et d'illustres vivants?

Et puis, pour dire toute ma pensée, en aucun cas je ne reconnaîtrais aux générations nouvelles ce droit de blâme rigoureux envers nos anciens et nos aînés. Qui n'a pas combattu a-t-il le droit de juger? Nous devons nous souvenir que nous étions enfants alors, et que la vie était légère et insouciante pour nous lorsqu'elle était si grave et si laborieuse pour d'autres.

Nous arrivons après nos pères ; ils sont fatigués, soyons respectueux. Nous profitons à la fois des grandes idées qui ont lutté et des grandes choses qui ont prévalu. Soyons justes envers tous, envers ceux qui ont accepté l'empereur pour maître comme envers ceux qui l'ont accepté pour adversaire. Comprenons l'enthousiasme et honorons la résistance. L'un et l'autre ont été légitimes. Pourtant, redisons-le, messieurs, la résistance n'était pas seulement légitime ; elle était glorieuse.

L'homme qui, comme il l'a dit plus tard à Sainte-Hélène, eût fait Pascal sénateur et Corneille ministre, cet homme-là, messieurs, avait trop de grandeur en lui-même pour ne pas comprendre la grandeur dans autrui.

Un esprit vulgaire, appuyé sur la toute-puissance, eût dédaigné peut-être cette rébellion du talent ; Napoléon s'en préoccupait. Il se savait trop historique pour ne point avoir souci de l'histoire ; il se sentait trop poétique pour ne pas s'inquiéter des poëtes. Il faut le reconnaître hautement, c'était un vrai prince que ce sous-lieutenant d'artillerie qui avait gagné sur la jeune république française la bataille du dix-huit brumaire et sur les vieilles monarchies européennes la bataille d'Austerlitz.

C'était un victorieux, et, comme tous les victorieux, c'était un ami des lettres. Napoléon avait tous les goûts et tous les instincts du trône, autrement que Louis XIV sans doute, mais autant que lui.

Il y avait du grand roi dans le grand empereur. Rallier la littérature à son sceptre, c'était une de ses premières ambitions. Il ne lui suffisait pas d'avoir muselé les passions populaires, il eût voulu soumettre Benjamin Constant ; il ne lui suffisait pas d'avoir vaincu trente armées, il eût voulu vaincre Lemercier ; il ne lui suffisait pas d'avoir conquis dix royaumes, il eût voulu conquérir Chateaubriand. Ce n'est pas, messieurs, que tout en jugeant le premier consul ou l'empereur chacun sous l'influence de leurs sympathies particulières, ces hommes-là contestassent ce qu'il y avait de généreux, de rare et d'illustre dans Napoléon.

Mais, selon eux, le politique ternissait le victorieux, le héros était doublé d'un tyran, le Scipion se compliquait d'un Cromwell ; une moitié de sa vie faisait à l'autre moitié des répliques amères. Bonaparte avait fait porter aux drapeaux de son armée le deuil de Washington ; mais il n'avait pas imité Washington.

Il avait nommé La Tour d'Auvergne premier grenadier de la république ; mais il avait aboli la république. Il avait donné le dôme des Invalides pour sépulcre au grand Turenne ; mais il avait donné le fossé de Vincennes pour tombe au petit-fils du grand Condé. Malgré leur fière et chaste attitude, l'empereur n'hésita devant aucune avance.

Les ambassades, les dotations, les hauts grades de la légion d'honneur, le sénat, tout fut offert, disons-le à la gloire de l'empereur, et, disons-le à la gloire de ces nobles réfractaires, tout fut refusé.

Après les caresses, je l'ajoute à regret, vinrent les persécutions. Grâce à ces six talents, grâce à ces six caractères, sous ce règne qui supprima tant de libertés et qui humilia tant de couronnes, la dignité royale de la pensée libre fut maintenue. Il n'y eut pas que cela, messieurs, il y eut aussi service rendu à l'humanité.

Il n'y eut pas seulement résistance au despotisme, il y eut aussi résistance à la guerre. Et qu'on ne se méprenne pas ici sur le sens et sur la portée de mes paroles, je suis de ceux qui pensent que la guerre est souvent bonne. A ce point de vue supérieur d'où l'on voit toute l'histoire comme un seul groupe et toute la philosophie comme une seule idée, les batailles ne sont pas plus des plaies faites au genre humain que les sillons ne sont des plaies faites à la terre.

Depuis cinq mille ans, toutes les moissons s'ébauchent par la charrue et toutes les civilisations par la guerre. Mais lorsque la guerre tend à dominer, lorsqu'elle devient l'état normal d'une nation, lorsqu'elle passe à l'état chronique, pour ainsi dire, quand il y a, par exemple, treize grandes guerres en quatorze ans, alors, messieurs, quelque magnifiques que soient les résultats ultérieurs, il vient un moment où l'humanité souffre.

Le côté délicat des moeurs s'use et s'amoindrit au frottement des idées brutales ; le sabre devient le seul outil de la société ; la force se forge un droit à elle ; le rayonnement divin de la bonne foi, qui doit toujours éclairer la face des nations, s'éclipse à chaque instant dans l'ombre où s'élaborent les traités et les partages de royaumes ; le commerce, l'industrie, le développement radieux des intelligences, toute l'activité pacifique disparaît ; la sociabilité humaine est en péril.

Dans ces moments-là, messieurs, il sied qu'une imposante réclamation s'élève ; il est moral que l'intelligence dise hardiment son fait à la force ; il est bon qu'en présence même de leur victoire et de leur puissance, les penseurs fassent des remontrances aux héros, et que les poëtes, ces civilisateurs sereins, patients et paisibles, protestent contre les conquérants, ces civilisateurs violents.

D'après un acte publié par M. Par quelles vicissitudes passa ensuite cette commanderie? Tout ce que nous savons, c'est que l'un des plus humbles parmi les Templiers arrêtés en , Henri de Compiègne fr. Bellicourt en Le Livre vert nous apprend que cette maison avait 38 moirées de terre, dont 27 seulement de labourables et affermées pour 45 francs; Des dîmes à Ressons-sur-Matz. A Ricquebourg Oise, arr. A la Neuville-sur-Ressons, d'une valeur de 15 francs. Les dîmes de Cuvilly, d'une valeur de 15 francs.

Un modeste cens de 4 sous 6 deniers, sur une vigne à Ressons. Et d'autres cens pouvant monter à 17 livres. A tout ceci il faut ajouter des redevances en nature, un certain nombre de pains, une rente d'un muid de vin; si bien, que le revenu total était de francs. Mais la maison avait des charges; ainsi elle devait au curé de Ressons, 42 mines de blé et 21 d'avoine; au curé de Cuvilly, 4 muids de grain; au prieur d'Elincourt 60 , 30 mines de blé; au seigneur de Ressons, 2 chapons.

La chapelle de la maison était encore desservie, et l'on y disait la messe trois fois par semaine. Je ne l'ai pas trouvé près de Compiègne, mais au Sud de Lassigny Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie.

Editions Yvert et Tellier. Amiens Le domaine des Templiers de Bellicourt. Vers Ansout, abbé de Saint-Corneille, abandonne à Eustache, grand maître des chevaliers de la milice du Temple, la terre, les friches et les bois de Bellicourt, à la réserve du tiers des récoltes et sous la condition que son monastère pourrait déposer ses gerbes dans la grange des Templiers, mais leur laisserait la paille et le chaume.

Cartulaire de l'abbaye de Saint-Corneille de Compiègne. Belin Montdidier , H. Champion Procès des Templiers, tome II, page Dixit nempe se fuisse receptum, sunt circiter XXX anni, in capella domus Templi de Bellincuria Belvacensis diocesis, per fratrem Johannem lo Franceys militem quondam, preceptorem tunc Francie, presentibus fratribus Raynaudo de Codu, et Raynaudo de Argenvilla militibus , et Bartholomeo de Cay serviente, deffunctis; a quo receptore petitis pane et aqua ordinis et sibi concessis, prestito quod non habebat infirmitatem latentem, nec erat excommunicatus, nec matrimonio, alteri religioni vel debitis que solvere non posset obligatus, fecit eum vovere et jurare castitatem, obedienciam, vivere sine proprio, et servare bonos usus et bonas consuetudines ordinis; et imposito sibi mantello, receptor et astantes fuerunt osculati eum in ore; et instruxit eum quot Pater noster diceret pro horis suis, et qualiter regeret se in ordine.

Procès des Templiers, publié par M. Il est cité à l'occasion de réceptions ayant eu lieu environ trente ans avant le procès, et par conséquent entre et Son nom se trouve, d'ailleurs, deux fois dans les procès-verbaux de ce procès 1: On sait que les frères servants ou sergents, ordinairement écuyers, étaient qualifiés de Templiers comme les chevaliers.

Mais ils portaient la robe noire, ainsi que les chapelains simples prêtres. Seuls, les chevaliers et les évêques Templiers devenus chevaliers de Sainte-Eglise portaient la chlamyde blanche 2. Caffiaux, un des rares ouvrages relatifs à la noblesse qui soient écrits avec désintéressement et dans un but exclusivement historique, et qui, par conséquent, fassent autorité en cette matière: Procès des Templiers, Tome II, page 64 et Paris, , 2 volumes in de la Collection des Documents inédits.

Bibliothèque Nationale Fonds Lai. Caix de Saint-Aymour, Amédée. La maison de Caix, rameau mâle des Boves-Coucy. Cette maison est une possession des Hospitaliers de Saint-Jean La maison de l'Hôpital de Betz qu'on a nommée aussi le Mont-Dieu, était un ancien membre de la commanderie de Monthyon.

Jean de Nanteuil, en prenant l'habit des chevaliers de l'Hôpital, leur avait donné. Maison du Temple Le Bois Département: Fréniches - 60 Localisation: Pierre de Poignencourt, sergent du Temple, qui avait été quelque temps clavaire de la maison, dit que les aumônes et l'hospitalité y étaient convenablement observées; or, l'on sait que l'on ne faisait pas l'aumône dans les petites maisons de l'Ordre.

On trouvera dans le Procès le récit de quelques réceptions faites en cette maison du Bois, soit par un prêtre du Temple, frère Daniel le Breton, soit par Robert de Cernay, quoique le fait ne soit pas certain; quel que soit d'ailleurs le recevant, l'un de ceux qui étaient là alors , frère Pierre de Lagny, aurait réussi à s'enfuir plus tard, en Enfin le maître de la baillie du Vermandois, Guérin de Grandvilliers, vint au Bois-près-Fréniches en ou environ, frère Pierre étant précepteur de la maison, et en Précepteur du Bois-près-Fréniches vers , frère Pierre.

Cette dite Maison devient sous les Hospitaliers: De nos jours, il ne reste que quatre murs de cette dite chapelle. Luchy - 60 Localisation: Chez les Templiers, les commandeurs étaient obligés de résider en leurs commanderies, et de cultiver eux-mêmes leurs terres. Il en était de même pour les Hospitaliers, à qui on permit cependant, au XIVe siècle, d'affermer leurs commanderies, sous leur responsabilité, à des frères de l'Ordre ou à des personnes d'une capacité et d'une moralité reconnues.

C'est, ainsi que nous voyons en , le commandeur du Bois-d'Ecu, frère Raoul de Quarrois, accorder bail pour six ans à Jehan Cresson et à son fils, qui était un frère de l'Hôpital, de la maison du Bois-d'Ecu, à l'exception de la grande salle au-dessus de la chapelle; des chambres et cuisine y tenant, que le Commandeur se réservait avec deux étables.

L'entrée en jouissance des preneurs était fixée, comme presque toujours, au mois de juin, le jour de la Nativité de saint Jean-Baptiste, le grand patron de l'Ordre. Les terres étaient alors ensemencées, et les preneurs à fin de bail devaient les laisser dans le même état qu'ils les avaient trouvées, c'est-à-dire: Les preneurs devaient veiller à la conservation du mobilier de la chapelle, qui consistait: Audit lieu, souloit avoir une grante maison pour le Commandeur et de grant édifice, comme se monstre par les ruynes d'icclle, et maintenant n'y a lieu de habiter.

La maison du fermier, grange et estables, sont en bon estât. Domaine du Temple de Breteuil Département: Breteuil - 60 Localisation: Domaine du Temple de Breteuil Les Templiers possédaient autrefois dans la ville de Breteuil une maison, qui était une dépendance ou un membre de leur Maison d'Esquennoy.

Celte maison était située devant les Halles. Le sire de Breteuil, Guillaume de Beaussart, et Jeanne de Tancarville, sa femme, renoncèrent en à tout droit de justice et de seignéurie qu'ils avaient sur la maison du Temple, au marché de Breteuil.

Plus tard, les Hospitaliers firent un fief de cette maison, que Robert de Thoizy, chanoine de Beauvais, tenait en de la seigneurie d'Esquennoy, et pour lequel celui-ci payait chaque année, à la commanderie, 20 sols parisis. Fief du Temple de Broquiers Département: Feuquières - 60 Localisation: Fief du Temple de Broquiers C'était un fief où le commandeur de Sommereux avait la haute, moyenne et basse justice.

Il était situé, sur le chemin de Grandvilliers à Formerie. Il se composait d'une ferme et de mines de terre. Le tiers des dîmes de la paroisse de Broquier appartenait à la commanderie, qui avait seule le droit de les percevoir intégralement sur un canton, nommé le Vieux-Broquier.

Il avait également dans ces deux localités, la haute, moyenne et basse justice; mais, par un arrêt du Parlement de Paris, du 27 mars , le Commandeur fut évincé de la seigneurie de Campeaux et maintenu seulement dans ses droits de basse justice pour le fief de Robert Lyon, situé à Campeaux, par indivis, avec le seigneur de Clermont.

La Maison du Temple possédait des cens à: Biens du Temple à Canny-sur-Thérain Département: Formerie - 60 Localisation: En , le commandeur Hospitalier d'Ivry-le-Temple aliéna ce petit domaine qui demandait des frais d'entretien et de réparation trop considérables, et l'accorda à rente perpétuelle à un nommé Henri le Mannier, moyennant une redevance annuelle de quatre muids et demi de blé. Domaine du Temple de Chambly Département: Il consistait en terres et censives à Bernes, à Chambly et à Beaumont.

Il appartenait à Robert, sire de Thybouville, en , au moment où celui-ci le cèda aux Templiers. Comme ce fief relevait de Guy, seigneur de la Roche-Guyon, ce dernier leur en accorda l'amortissement en , en les dispensant de tout hommage. Fief du Temple de Chantemerle Département: Lagny-le-Sec - 60 Localisation: Ce que nous savons, c'est qu'elle n'existait plus au siècle dernier. Les terres, au nombre de arpents, avaient été réunies au domaine de Lagny-le-Sec sous les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Domaine du Temple de Clairoix Département: Compiègne-Nord - 60 Localisation: Domaine du Temple de Clairoix Clairoix était un membre de la Maison du Temple d'Ivry-le-Temple, à une demi-lieue de la ville, qui consistait en deux moulins: Maison du Temple de Clermont Département: Clermont - 60 Localisation: Maison du Temple de Clermont Clermont possédait, à l'instar de tant d'autres villes, une maison du Temple.

Elle dépendait primitivement de la commanderie de Neuilly-sous-Clermont, et fut aliénée ensuite par les Hospitaliers.

Voici ce que nous lisons dans le rapport de la visite prieurale de LXXIII pour X livres tournois pour chascun an, rachestable ladite charge pour C livres et oultre plus est chargée ladite maison par celui qui la donna aux Templiers, de IIII livres X solz à perpétuité et par ainsy payées lesdites charges, ne reste rien de proufit audit Commandeur, réservé la jurisdicion que la religion a dedens le clos et limites de ladite maison.

Domaine du Temple à Compiègne Département: Compiègne - 60 Localisation: Domaine du Temple à Compiègne On prétend que les Templiers s'établirent dans cette ville, de à ; et que c'est sur des terrains donnés par les religieux de l'abbaye de Saint-Corneille, qu'ils élevèrent une église et une maison, dont parle une charte de Philippe-Auguste, de l'année Il parait qu'ils possédaient des vignes aux environs de cette ville.

L'abbé de Saint-Corneille voulut exiger d'eux un droit de rouage et de forage pour le transport et la vente de leurs vins. Il prétendait que ce droit lui était dû, à cause de sa seigneurie dans la ville, et qu'il le percevait sur tout le monde religieux et séculier, pour l'entretien de la chaussée et celui des poids et mesures dont on avait coutume de se servir.

Pour se soustraire à cette obligation, les Templiers répondaient qu'en considération des grands services qu'ils rendaient à la cause de la religion en Terre-Sainte, ils avaient été affranchis par privilèges de nos rois et des papes, des contributions de la nature de celle qu'on leur réclamait.

L'affaire s'envenima tellement qu'on dut avoir recours au Saint-Siège pour l'apaiser; et une bulle du pape Innocent III, du 4e jour des calendes d'avril de la onzième année de son pontificat, c'est-à-dire du 29 mars , en se conformant à l'indult de ses prédécesseurs, déclara les Templiers exempts de cet impôt. Il y avait une autre maison, près de l'église de Saint-Clément, que les Templiers cédèrent, en , à la ville, avec des cens ou rentes sur plusieurs maisons et héritages, situés vers la porte de Soissons, moyennant une rente annuelle de quinze livre.

Les habitants de Compiègne voulurent se soustraire au paiement de cette redevance, lorsque les Hospitaliers succédèrent aux Templiers; mais une sentence des requêtes du palais du Roi, du 24 juillet , les condamna à en continuer le paiement à l'Ordre des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. La maison du Temple se composait de deux corps de bâtiment séparés par une grande cour, au milieu de laquelle se trouvait une chapelle dédiée au XIVe siècle à saint Jean-Baptiste.

Cette maison servait habituellement de résidence, pendant le XVe siècle, au commandeur d'Ivry; mais plus tard, c'est-à-dire au XVIIe siècle, elle fut louée au Roi pour le service de son château.

Lorsqu'en , on construisit le pont sur l'Oise, on dut, pour en dégager les abords, démolir plusieurs maisons et une partie de celle du Temple, du côté de la grande rue. Les Hospitaliers reçurent, à cette occasion, une indemnité de livres.

Le Temple de Compiègne possédait un certain nombre de terres et de prés: Jusqu'au XVe siècle, la maison de Compiègne porta le titre de Commanderie. Elle avait un membre: A Clairoy Domaine du Temple à Clairoy , à une demi-lieue de la ville, qui consistait en deux moulins: La redevance à servir chaque année aux Templiers en leur maison de Compiègne, le lendemain de la Saint-Rémy, est fixée à vingt livres parisis, sous peine de cinq sous d'amende pour chaque jour de retard dans le payement.

La commune de Compiègne aura toute la justice de ce pré, mais si l'on y élève des constructions, les droits de vente et tous les autres droits accoutumés seront perçus par les Templiers, à raison de leur censive. On y voit un édifice avec cette légende Croix du Temple S. Paris en juin Philippe Auguste ratifie l'accensement d'un pré devant le pont de Compiègne, fait au maire et à la commune de Compiègne, par les Templiers, moyennant vingt livres parisis de redevance annuelle. Aux conditions marquées dans le bail, il ajoute que la commune de Compiègne ne pourra élever aucune construction dans le pré, ni en changer la destination.

Champion , juin. Cession à cens de la justice d'un pré situé devant le pont de Compiègne, par les frères du Temple à la commune de Compiègne. Attestation d'un accensement fait par les Templiers à la commune de Compiègne deuxième expédition de l'acte précédent. Philippe Auguste notifie que le maire et les bourgeois de Compiègne ont pris à cens, des Templiers, un pré situé près du pont de Compiègne, qui avait été donné au Temple par Agathe de Pierrefonds.

Original scellé en cire verte sur lacs de soie rouge et verte. Copie authentique du 7 aout , même liasse. Philippe Auguste confirme le contrat consenti par Frère André de Coulours, précepteur du Temple, qui a accensé pour vingt livres parisis, à la commune de Compiègne, un pré situé devant le pont de Compiègne, que les Templiers avaient reçu en aumône d'Agathe de Pierrefonds; les Templiers se réservent les droits de vente sur les habitations qui pourraient y être construites et fixent les délais de paiement du cens; la justice appartiendra à la commune, mais l'usage de ce terrain ne pourra être changé.

Original scellé en cire verte sur lacs de soie rose et verte. Suite acte en latin Sources: Maison du Temple d'Esquennoy Département: Esquennoy devait être alors de la baillie de Vermandois. En Amicie, dame de Breteuil, tante de la comtesse de Blois, en confirmant la donation faite dix ans auparavant par sa nièce, du village d'Esquennoy, reconnut que les hommes du Temple à Esquennoy, ne pourraient être forcés de venir à ses moulins pour moudre leur blé, à moins que la chose n'agrée aux Templiers.

La même année et le même jour, vendredi 10 juin, la dame de Breteuil donnait à ces mêmes religieux Templiers son bois de Halencourt, proche Esquennoy, ainsi que tous ses droits, tout en se réservant ces mêmes droits sa vie durant, et en faisant aussi exception pour le droit d'usage qu'avaient en ce bois, les religieuses de Bellefont.

Un certain Mathieu Reillies essaya bien d'inquiéter les Templiers à propos d'une terre à Esquennoy, engagée, disait-il, jadis par son père au comte de Clermont, et que la comtesse aurait comprise dans sa donation au Temple; mais, soit qu'il eut tort, soit qu'il eut raison, il se désista de sa plainte septembre L'histoire des maisons du Temple est forcément remplie de lacunes, il faut donc passer une dizaine d'années pour trouver un autre acte. Au mois de février , un chevalier, Eustachede Bacouël, vend au Temple 20 journaux de terre, sis derrière la maison des Templiers, contre le courtil, moyennant 60 livres de parisis.

Ainsi au mois de mars , Honoré du Crocq vendit trois journaux et demi, pour 10 livres et 10 sous parisis. Le 30 septembre de la même année un certain Régnier vendait aux Templiers, deux pièces de terre arable, qu'il tenait de ces mêmes religieux, soit 4 journaux et demi pour 24 livres parisis. Mais jamais il n'y eut plus d'activité que le Dimanche 7 avril , où l'officialité de Beauvais dut apposer son sceau sur cinq actes de vente ou d'échange.

La maison qui nous occupe eut aussi des biens à Breteuil, comme on peut le voir par cette donation du sire de Breteuil à la commanderie d'Esquennoy, d'une maison à Breteuil, sur le marché. Colard le maïeur, la tenant en fief du seigneur de cette ville, devait la tenir dorénavant à fief et hommage des Templiers. Cependant les religieux du Temple reconnaissaient n'avoir aucune action sur les gens du sire de Breteuil, qui viendraient à se réfugier en cette maison, pour quelque méfait 30 mars Dans le Procès des Templiers, il est parlé du précepteur d'Esquennoy, mais son nom n'est pas prononcé; nous ne connaissons que le nom d'un des économes, dispensator, de la maison, le frère Pierre de Laigneville.

Il est encore fait mention de la maison d'Esquennoy, dans un fragment déjà cité, de journal du trésor du Temple; ainsi le 17 novembre , 22 livres 5 sous étaient inscrits sur l'un des livres de recettes du Temple, pour la maison d'Esquennoy, et au nom du précepteur de Lagny-le-Sec.

Cette maison du Temple dépendait alors en effet, de la baillie du Temple de Lagny-le-Sec, et non plus de celle du Vermandois. Le 4 décembre de la même année, 17 livres 15 sous furent inscrits, pour la même maison, et au compte du même précepteur de baillie; et l'année suivante, le 27 mai, 26 livres 15 sous étaient encore versés entre les mains du caissier du Temple à Paris.

Mais ces quelques sommes ne peuvent pas nous donner une idée exacte des revenus de la commanderie d'Esquennoy. Ruines de cette maison. Le temple d'Esquennoy était situé dans la grande rue de ce village. Il ne reste plus de cette maison que des granges; ce sont, dit Woillez, de fortes constructions soutenues par de solides contreforts, mais dont il serait difficile de reconnaître la valeur archéologique.

Le Livre vert dit que la commanderie d'Esquennoy était sans chapelle, ce qu'il ne faudrait pas prendre à la lettre; sans doute à cette époque la chapelle du Temple était-elle détruite, ce qui s'explique suffisamment par les guerres anglaises. Postérieurement à cette époque, les Hospitaliers la rebâtirent, et Mannier nous apprend que cette chapelle était dédiée à Saint-Jean. La maison avait, en outre, des rentes en nature à Bonneuil, 30 journaux à Blanc Fossé Domaine du Temple de Blancfossé ; son moulin lui rapportait 2 muids de blé; elle percevait 20 livres de rente, en un autre endroit.

Il y avait 8 arpents de vigne qui rapportaient 8 livres; 2 pressoirs qui rapportaient six livres tournois, et le colombier de la maison, 40 sous parisis. En résumé, les revenus d'Esquennoy étaient en de livres; mais il y avait des charges. Amiens Procès des Templiers, tome II, page Item frater Petrus de Laigneville dispensator domus des Quenoi , etatis XX annorum vel circa, juratus eodem modo de se et aliis in causa fidei dicere veritatem, et interrogatus de tempore et modo sue recepcionis, dixit per juramentum suum quod fuit receptus in domo de Latigniaco Sicco, in Quadragesima erunt duo anni, per fratrem R.

Maison du Temple d'Esquennoy C'est encore une ancienne Maison du Temple, dont il faut pour l'origine, remonter à une donation que Catherine, comtesse de Blois et de Clermont, fit aux Templiers, de la terre et seigneurie de ce village.

Cette donation était faite, en outre, à la charge de faire célébrer, chaque année, dans l'église du Temple à Paris, un anniversaire pour la donatrice et ses père et mère, et de distribuer à ceux qui y assisteraient une pitance de vingt sols parisis.

L'amortissement de la terre d'Esquennoy fut accordé l'année suivante aux Templiers, par Eléonore, comtesse de Saint-Quentin et, dame de Valois. Les Templiers firent ensuite des acquisitions qui augmentèrent leur domaine. Les Hospitaliers, en possession du Temple d'Esquennoy, le conservèrent à l'état de commanderie jusqu'au XVIe siècle, où après les ravages que la guerre lui fit éprouver, cette maison fut réunie à la commanderie de Sommereux.

Le Temple d'Esquennoy était situé dans la grande rue. Il y avait auprès une chapelle, fondée de Saint-Jean-du-Temple, chargée de trois messes par semaine. Le Commandeur était seul seigneur d'Esquennoy. Il avait toute juridiction sur ses habitants qui étaient, d'après le Livre-Vert, au nombre de quarante en Les terres du domaine comprenaient, au siècle dernier, journaux, dont une partie était située sur Blancfossé, Bonneuil et Flers.

Il y avait, en outre, arpents de bois taillis. Il appartenait à la commanderie un droit de dîme au terroir de Maisoncelle, au lieu dit le Bois-Gayant. Maison du Temple du Gallet Département: Crèvecoeur-le-Grand - 60 Localisation: Maison du Temple du Gallet Cette maison du Temple n'était pas au Gallet même, mais en un lieu appelé, la Censé, du côté du Saulchoy non loin et à l'Est du Gallet , où l'on voit même encore quelques restes, sinon de la commanderie du Temple, du moins de celle des Hospitaliers.

Les premiers biens du Temple au Gallet paraissent remonter à l'année Nous avons dit, en parlant de la maison d'Esquennoy, que les Templiers ne s'étaient établis en cet endroit que grâce à la libéralité de la comtesse de Clermont; sa tante, la dame de Breteuil, se montra non moins généreuse, en léguant au Temple le village du Gallet, avec tous ses droits.

Peut-être les biens du Temple au Gallet, comme ceux qui se trouvaient à Esquennoy Domaine du Temple à Esquennoy , furent-ils tout d'abord exploités par les Templiers de Fontaine-sous-Montdidier Domaine du Temple à Fontaine-sous-Montdidier , comme nous l'avons vu plus haut en parlant de Fontaine, et à l'année Mais bientôt une maison fut fondée au Gallet, sans doute peu après cette année , en tous les cas avant et même avant l'an , comme nous allons le voir.

Les quelques actes dont l'analyse va suivre sont tous des actes de vente et de très peu d'importance: C'est encore Hue, fils d'Ardouin, qui vend pour 8 livres, au maître et aux frères du Temple du Gallet, trois journaux de terre, au terroir du Gallet avril Au mois de juillet de cette même année, la maison du Gallet, achète à Raoul de Thennes, 2 journaux et 26 verges de terre, au Gallet, pour sous parisis. Mais jamais il n'y eut de jour plus fécond en ventes faites ou ratifiées, que le dimanche 7 avril ; ce qui semblerait indiquer une étroite relation entre les maisons d'Esquennoy et du Gallet.

Arnoul dit de Paillart vend trois journaux de terre pour quatre livres ; Pierre, un autre fils d'Ardouin, perçoit 25 livres 15 sous parisis pour 9 journaux de terre arable. Ces journaux étaient divisés en trois lots ; le 2e lot était contigu aux terres du Temple, et le 3e touchait au bois du Temple. Grégoire de Paillart déjà mentionné vend une maison avec courtil au Gallet et 4 journaux et demi de terre, le tout pour 14 livres 5 sous ; et enfin la maison du Temple achète pour 12 livres d'un certain Tymer deux pièces de terre, dont l'une touchait au domaine des Templiers.

Au mois d'octobre de cette même année , la commanderie du Gallet achète encore, d'une veuve nommée Eve, du Gallet, une mine de terre pour 30 sous. Nous terminerons la liste de ces ventes, par celle que fit en , Robert, dit de Puits - [la-Vallée], de 3 journaux de terre au Gallet pour neuf livres et demie. Qu'advint-il ensuite de cette maison? D'après le Livre vert, tant de fois cité, la maison du Temple du Gallet, devenue maison de l'Hôpital, avait été brûlée: Il y avait dans le terroir de la commanderie une journée et demie de vigne qui rapportait 31 sous.

Déjà à la fin du XIVe siècle la commanderie était en telle ruine, qu'il était impossible de la réparer ; il n'était pas jusqu'au moulin de la maison qui ne fût tout délabré. Seigneurie du Temple de Gandicourt Département: Chambly - 60 Localisation: Elle est une des dernières acquisitions que les Templiers tirent avant la suppression de leur Ordre. Il y avait dans la cour de la maison de Gandicourt une chapelle dédiée à Saint-Sébastien, où le curé de Belle-Eglise disait la messe un jour par semaine, et à qui le commandeur d'Ivry donnait pour cela, au siècle dernier, 36 livres par an.

Après l'avoir décrit, indiqué sa provenance et les dates de ses rédactions successives, il mentionne sommairement les chartes et bulles qu'il contient, allant de l'année à l'année , et qui, à l'exception de deux, sont encore inédites. Ces divers documents sont précieux pour déterminer la topographie de Beauvais, aux XIIe et XIIIe siècles, pour l'onomastique de 80 localités du département de l'Oise de ses anciens Seigneurs pour l'histoire de l'Ordre du Temple. Ils sont, en particulier, une source presque unique pour la monographie d'une des commanderies les plus importantes du Nord de la France.

Notre confrère trace les principales lignes de cette histoire, depuis la fondation de la Commanderie, en , jusqu'à sa dévolution, en , aux Chevaliers Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Il dresse une liste des commandeurs, de à , passe en revue les dépendances de sa baillie, Broquel, Marendeuil, Saint-Pantaléon de Beauvais, Morlaine, Neuilly-sous-Clermont et Gandicourt, insistant sur l'intérêt spécial que présentent deux de ces maisons, pour notre compagnie, et termine sa lecture en donnant, d'après des documents d'archives, un état des revenus successifs de sa baillie, depuis le XIVe siècle jusqu'à la Révolution.

Le Comte de Loisne, le cartulaire de la Commanderie de Sommereux. Méru - 60 Localisation: Parmi les bienfaiteurs de la maison d'Ivry, il faut citer en première ligne: Par cette charte, le Roi déclare qu'il abandonne aux Templiers les droits de justice qu'il avait sur cette terre. Au moyen de ces acquisitions successives, les Templiers formèrent bientôt un domaine et des revenus assez considérables, pour qu'ils jugeassent à propos d'établir à Ivry une maison de leur Ordre.

Nous trouvons encore en , Pierre de Treigny, de Triaignel, et sa belle-soeur Edeline, veuve d'Enguerrand, renoncer avec Pierre de Marly, en faveur des Templiers de la maison d'Ivry, à tous leurs droits sur des terres arables à Ivry, touchant aux vignes du Temple, sur une censive et trois arrière-fiefs que tenaient Guillaume d'Ivry, Agnès de Trye et Richard de Villeneuve.

Un autre seigneur de Treigny, du nom de Gilles de Tregnel, écuyer, et Alice, sa femme, accordaient en , aux Templiers d'Ivry, des lettres d'amortissement pour tout le fief que ceux-ci avaient acheté d'un nommé Colin Langlais, et pour tout ce qu'ils avaient acquis d'autres personnes.

La maison d'Ivry, grande, élevée, était bâtie dans un enclos d'environ cinq arpents de terre sur la rue allant à Hénonville; tenant vers midi à la rue de Bassefort; vers nord, à la rue de la Sellerie. Dans la cour de la maison, se trouvait une belle chapelle, dont la fondation remonterait au mois d'octobre On y disait alors la messe trois jours par semaine.

Vers le milieu du siècle dernier, elle se trouvait en assez mauvais état et menaçait ruines; c'est pourquoi dans la visite prieurale de , il fut décidé qu'on la rebâtirait. Le commandeur d'Ivry était seul seigneur dans toute l'étendue de sa commanderie, distincte toutefois de la seigneurie d'Ivry, qui appartenait en , à M.

Rollin, et avant lui, au président Ogier. Le territoire de la commanderie s'étendait du côté de l'orient jusqu'aux terres de Villeneuve, Meru et Lormaison; et tenait vers l'occident aux terres d'Ivry, Mons et Alléré; vers midi aux terroirs d'Alléré et d'Hénonville; vers nord aux terres de Marivaux et d'lbouvillers.

Ce territoire comprenait plus de arpents de terre à labour; de prés et de vignes. Son revenu en , était de nulle valeur. Le Commandeur avait été obligé, à cause de la guerre, d'abandonner sa commanderie, et de se retirer à Compiègne. Les terres étaient restées incultes et remplies de broussailles. Le revenu en , n'était encore que de livres, tandis qu'on le retrouve en , s'élevant à 6, livres; et en , à 11, livres.

Les membres de la commanderie d'Ivry, au temps des Templiers, étaient la maison du Temple de Villeneuve-le-Roi, et la terre et seigneurie d'Alléré. Au XVe siècle, pour relever le revenu de la commanderie, bien diminué à cause des guerres, et afin de permettre au Commandeur de vivre avec plus d'aisance, on réunit à ses domaines la commanderie de la Landelle, celle de Messelan, les maisons du Temple de Bernes, du Mesnil-Saint-Denis et de Baillon, avec la commanderie de Compiègne.

Une autre annexion se fit encore au XVIe siècle: Ivry resta le chef-lieu de ces diverses commanderies réunies en une seule. Le chevalier Guillaume de Munte. Le chevalier Pierre du Poule. Le chevalier Robert de Poissy. Le chevalier Sarazin de Fay. Le chevalier Robert de Franquelance. Le chevalier Gilles de Fay, dit Sarazin.

Le chevalier Jean de Hestrus. Le chevalier Jacques de Sainte-Marie. Le chevalier Jacques de Vignacourt. Le chevalier Jacques d'Arquembourg. Le chevalier Sébastien d'Argillières, alias d'Arzillières. Le chevalier Michel de Sèvre.

Le chevalier Louis de Mailloc. Le chevalier Juvenal de Launoy, dit de Monlinon. Le chevalier Gédéon de Joigny, dit de Bellebrune. Le chevalier Charles de Gaillarbois-Marconville. Le chevalier Gabriel de Morainvillers, Sr. Le chevalier Pierre Durant de Villegagnon. Le chevalier François de Courcelle, dit de Rouvray. Le chevalier Charles du Val de Couppeauville. Le chevalier Charles Cauchon d'Avise.

Le chevalier Antoine des Friches-Brasseuse. Le chevalier Jean de Macranny. Le chevalier Jacques de Fleurigny La Vallière. Le chevalier François du Moncel de Martinvast.

Le chevalier Pierre de Froullay. Le chevalier Louis-Armand de Poussemotte de Graville. Le chevalier Henri-Paul de la Luzerne de Beuzeville.

Le chevalier Charles-Marie de Guines. La maison du Temple d'Ivry n'est mentionnée pour la première fois qu'en Cependant, même après cette date, certaines transactions sont encore menées par le Temple de Paris et non par celui d'Ivry. L'acte le plus ancien concernant cet établissement est daté de janvier Il émane du doyen de Chaumont en Vexin qui notifie qu'Aymar de Bosco a donné à la Milice du Temple tout le fief que Simon Faber tenait de lui à Ivry, à savoir ses maisons avec leurs dépendances et quatre pièces de terre.

Ils manifestent de nouveau leur générosité en abandonnant au Temple une pièce de terre située sous Flocourt, entre Ivry et Villeneuve, en Deux ans plus tard, Simon de Treigny et Renaud du Bois confirment l'achat par les frères d'une autre parcelle de terre, proche cette fois des fossés d'Yvry. En c'est Enguerrand de Treigny, chevalier, qui approuve à son tour l'acquisition, moyennant 16 livres parisis, d'un arpent et demi de pré.

En , Enguerrand de Treigny et Odeline, son épouse, font don aux Templiers du pain qu'ils prenaient sur trois fournées cuites au four de la commanderie et de 21 deniers de cens qu'ils percevaient sur une pièce de terre et sur une vigne. Cette donation est confirmée en janvier , devant l'official de Rouen. Enfin, en août , à Pontoise, devant la cour de l'archevêque de Rouen Eudes Rigaud, Pierre de Treigny et Pierre de Marly ainsi que leurs épouses, reconnaissent avoir quitté et cédé au précepteur et aux frères de la milice du Temple à Paris, ce qu'ils possédaient sur 12 arpents de terre arable situés à Ivry, dont 7 le long des vignes des dits Templiers et les 5 autres sur le chemin de Hénonville.

Ici comme partout ailleurs, les Templiers s'efforcèrent de rassembler leurs terres autant que faire se pouvait. Des lettres d'Enguerrand de Treigny, déjà citées, en témoignent. Par un acte souscrit en , Hugues de Calciata et Widria, son épouse, reconnaissent devant ledit Enguerrand avoir vendu aux Templiers un demi-arpent de pré bordant un autre pré que ceux-ci avaient naguère acheté à Pierre La-dent.

Il est évident que la vente consentie par Hugues a été, sinon forcée, du moins sollicitée par le Temple. Le nom de Pierre Ladent revient plusieurs fois dans la documentation, à l'occasion de dons de rentes et de terres. En , Ballus et Josse vendent à ces mêmes Templiers le champart qu'ils possédaient sur les deux parcelles. Notons enfin que l'Ordre a cherché à acquérir, coûte que coûte, le bois du Chesnay qui s'étendait jadis à proximité du Grand-Alléré.

C'est ainsi qu'en les frères d'Ivry achètent à Philippe de Us, écuyer, 5 arpents dans ce bois, au prix de 35 livres parisis. A la fin de cette année , c'est un personnage déjà connu et dont il serait intéressant de mieux définir les rapports qu'il entretenait avec le Temple, l'écuyer Pierre Josse, qui cède à celui-ci 7 autres arpents au même endroit, contre 30 livres parisis.

C'est donc vraisemblablement plus de livres que les Templiers ont déboursées pour obtenir la propriété de 23 arpents de parcelle boisée, une douzaine d'hectares environ. Le domaine du Temple dans la seconde moitié du XIIIe siècle Nous pouvons résumer ainsi les informations que nous possédons.

Dès les premières années du XIIIe siècle, les Templiers commencèrent à acquérir des biens fonciers dans la paroisse d'Ivry. La mise en place du domaine n'était pas achevée lorsqu'ils y installèrent un établissement de leur Ordre, avant le milieu du siècle.

Les propriétés templières se situaient au voisinage immédiat de leur maison, mais aussi au nord-est, vers Marivault, au sud-est vers Hénonville, au sud vers Alléré et, au-delà des limites de la paroisse, à Villeneuve-Saint-Melon, Ibouvillers, Lormaison, Berville, Hénonville, Neuville-Bosc.

On sait par des documents postérieurs que leur domaine d'Ivry s'étendait à lui seul, sur plus de arpents, entre et hectares cf. Il convient de remarquer que c'est essentiellement par des achats qu'ils le constituèrent.

Il faut noter enfin que ce terroir était, en partie, le résultat de défrichements, comme l'avait été quelques décennies auparavant le finage de Villeneuve-le-Roi, la paroisse limitrophe à l'est, fondée par contrat de parcage passé entre le chapitre Saint-Mellon de Pontoise et le roi Philippe-Auguste. On constate aujourd'hui, si l'on excepte quelques boqueteaux sans importance relégués en limite de commune, que seul subsiste à Ivry le Bois de la Gloriette, lui aussi excentrique.

Edition du CTHS, Procès-verbal de la visite prieurale de Ivry-le-Temple, chef de commanderie. Apres la reception desdictes lettres le lundi XXVe jour d'avril nous partismes de Paris et alasmes a Ivry le Temple au giste. Et le mardi XXVIe commansasmes a visiter ledit hostel.

Et premièrement oudit hostel a une très belle chapelle vaultee et ou pourprins d'icelle XIII fourmes de voerrieres belles et riches et il fault besoignier en plusieurs lieux. Il y a ung calice de peaultre, une chasuble, aube et amict, estole et fanon et trois nappes d'autel, deux buyrettes d'estain et ung estuy garny de corporaulx, quatre colombes de cuyvre servans a l'autel et une croix a façon de Limogez; et la couverture de ladite chappelle bien retenue et en estat.

En ladite chappelle n'a aucun livre que le commandeur n'aist emprunté. Il nous a dit qu'il y a ung calice d'argent blanc en son hostel a Compiegne, qui est de la chappelle d'Ivry et l'y a porté pour le mieulx garder. Ladite chappelle est desservie par ung chappellain seculier, bien et deuement, de trois messez la sepmainne et luminaire assez souffisant.

Près de ladite chappelle a trois grans corps de maisons tous entretenans, dont l'un est vaulté et sont assez souffisamment retenus de couverture de tieule et y fault reprandre plusieurs pilliers.

Il y a oudit hostel une grant granche en laquelle a X arches de pierre de taille de chascun costé, couverte de tieule excepté environ 1 quartié des ensaintes qui est couvert de chaume assez en souffisant estat de couverture et est nécessité de oster les herbes des pilliers de par dehors et les restablîr de massonnerie. Item, unes estables de six espaces dont une partie est couverte de chaume et l'autre de tieule assez en souffisant estat de couverture et y fault faire environ trois ou quatre toises de mur et en a marchandé le commandeur de les faire.

Item, empres lesdites estables a une grande maison a arches de pierre sans enchaintes qui servoit anciennement pour granche qui est partie, couverte de chaume et l'autre partie de tieule, qui sert a present pour establez et fault tout le comble faire de neufs.

Item, la porte dudit hostel a mestier d'estre recouverte tout de neufs et de refaire un petit pignon de pierre du costé de la granche.

Item, environ la court de l'ostel a plusieurs masurez ou souloit avoir maisons et plusieurs grans edifices qui sont en ruyne de longtemps. Item, avons esté informés et l'avons veu a l'oel que le commandeur qui est a present a fait plusieurs reparacions parmi ledit hostel, tant de maçonnerie comme de couverture, tant et si largement qui luy a esté possible, qui monte grant somme de deniers et avons sceu le petit estat en quoy estoit ledit hostel quant il y vint commandeur car il n'y avoit demouré personne de XVI a XVIII ans par devant.

Item, appartient audit hostel toute justice, haulte, moyenne et basse, bien gardee et sans procès et voyerrez en plusieurs lieux en ladite ville. Item, souloit avoir de quatre a V arpens de vigne a l'ostel qui sont de longtemps en hayes et en buissons. Item, appartient audit hostel IIc arpens de terrez laborables, ou environ et XII arpens de prez, ou environ, qui sont baillees au censier avec lesdites terres a IX ans et IX despeulles pour le pris et somme de XL escus d'or par chascun an, dont il a encorez a recueillir trois despeulles.

Item, appartient audit hostel LX arpens de bois, ou environ, en plusieurs piecez, francs de gruerie. Item, le commandeur nous a monstré ung registre fait du temps de feu frere Guillaume de Munte, jadis commandeur d'Ivry et n'an a point d'autre et n'an a peu encorez faire d'autre pour ce que les choses sont a non valoir; et ung autre fait du temps que frere Thomas de Lewaile estoit demourant audit Ivry; et au regart des Chartres et lettres appartenans a ladite commanderie, elles sont a Paris a Saint Jehan de l'Ospital; et sont les cens de tres petite valeur.

Nous avons esté informé par anciens que on a point acoustumé de faire aumosne oudit hostel, sinon au plaisir des commandeurs.

De la vie et conversacion du commandeur, lequel fait de present sa demeure a Compiegne, avons esté deuement informé qu'il est de bon gouvernement et de belle vie et honnesté. Item, appartient a ladite commanderie ung membre nommé le Temple de Ville neufve et n'est memoire d'omme qui le veist onques autre et n'y a que hayes et buissons.

Au regart de l'estat de l'ostel nous avons sceu, tant par le commandeur que par les habitans de la ville, que ledit commandeur n'y trouva riens et que tout fut perdu durant les guerrez. Maison du Temple d'Ivry-le-Temple Département: Layettes du trésor des chartes, t. Jean, dans son interrogatoire, ne dit pas depuis combien de temps il était à Ivry aucun, d'ailleurs, des Templiers interrogés ne nous a renseigné à ce sujet , mais on peut affirmer qu'il y était en , car un autre précepteur qui avait revêtu l'habit du Temple à cette époque en la maison de Messelan , le cite parmi les Templiers présents 2.

Procès des Templiers tome II, page Item anno, indicione, pontificatu, anno et die predictis, frater Johannes de Amblanvilla preceptor de Puteolis, quinquagenarius vel circa, eodem modo constitutus, juratus et interrogatus, dixit per juramentum suum quod bene sunt tres anni vel circa elapsi quod fuit receptus in grangia de Messelent , per fratrem Hugonem de Paraudo visitatorem Francie, presentibus fratre Johanne preceptore de Yvriaco in Weuquesino , et fratre Petro morante apud Barne.

Echange entre Les Templiers et l'abbaye de la Trinité Approbation donnée par le maître général de l'ordre de la Trinité à l'échange fait entre les frères du Fay et les Templiers à Ivry. Septembre Omnibus hec visuris, frater Petrus, major minister tocius ordinis Sancte Trinitatis et Redempcionis captivorum, eternam in Domino salutem. Cum permutacio sive excambium sit factum inter ministrum et fratres nostri ordinis de Fayaco, Rothomagensis dyocesis, ex una parte, et preceptorem et fratres ordinis milicie Templi de Yvriaco, in Vulgassino Francie, ex altera, secundum tenorem et formam que continentur in presentibus litteris hiis annexis, notum sit omnibus quod nos dictam permutacionem sive excambium volumus, laudamus, ratificamus, approbamus, et tenore presencium anexarum presentibus sigill oministri domus predicte sigillatis, auctoritate nostra ordinaria confirmamus.

In cujus rei testimonium, sigillum nostrum quo solo utimur presentibus duximus apponendum. Mémoires de la Société académique d'archéologie, sciences et arts du département de l'Oise, page , tome XIV.

Beauvais - Bnf. Maison du Temple de Lagny le Sec Département: Nanteuil-le-Haudouin - 60 Localisation: Maison du Temple de Lagny le Sec Un siècle et demi plus tard la terre de Lagny devint la propriété des Chevaliers du Temple, et le commandeur de l'ordre, André de Coleurs, en , reconnait par acte solennel les différentes redevances de la commanderie de Lagny au prieuré de Saint-Christophe.

Il n'est pas sans intérêt de les énumérer ici, et nous aurons plusieurs fois à nous en occuper dans la suite de cette étude. La commanderie s'engageait à payer tous les ans, pendant l'octave de la, Purification: Cette même charte fut vidimée et approuvée par frère Ponce d'Ambon, commandeur des Templiers, et par Hobert, évêque de Nevers, en Ici, nous retrouvons encore le prieur aux prises avec les chevaliers de Saint-Jean, à propos des revenus des commanderies de Lagny-le-Sec et de Senlis.

Mais, cette fois, la lutte fut plus sérieuse, et les chevaliers allèrent jusqu'à renier leur dette, et prétendre que jamais elle n'avait été légitime. En , Antoine avait obtenu du lieutenant-général du bailli une sentence condamnant le commandeur Jacques d'Apremont à lui payer les 50 muids de grain de revenu ordinaire, plus 34 ou 40 autres pour les arrérages échus.

Après maintes sentences rendues dans cette cause par les lieutenants du bailli, et acceptées des deux parties, le Grand-Maître et l'Ordre tout entier prirent fait et cause pour le commandeur, et se portèrent opposants à leur exécution. Le dernier accommodement signé par Balthazar n'était pas valable, disaient-ils, car n'avait pas été ratifié par l'Ordre; ensuite, Lagny-le-Sec et le Plessis ne pouvaient guère donner au plus haut que 8 ou 10 muids de grain de dime; il vaudrait donc bien mieux pour la commanderie en faire l'abandon que de payer à Saint-Christophe 50 muids, ce qui serait la ruine de cette maison.

Ensuite, reprenant les choses à l'origine, ils prétendaient que jamais le prieuré n'avait eu de droit légitime sur ces dîmes, depuis que la terre de Lagny était passée des chevaliers du Temple à ceux de Saint-Jean. En effet, quand le prieuré de la Charité-sur-Loire, alors chargé de dettes et rongé par l'usure, vendit pour une grosse somme d'argent les dîmes de Lagny aux Templiers, n'était nullement question de redevances en grain; mais, par suite des embarras pécuniaires de l'Ordre, l'année suivante, André de Coleurs, commandeur de Lagny, consentit, de sa propre autorité, et sans ratification du Grand-Maître ni de son conseil, à payer cette redevance de 50 muids de grain.

Il avait d'ailleurs obtenu en échange quelques autres dîmes, comme celles de Villiers, près Gandelus, dont pourtant les moines de Saint-Christophe ne se dessaisirent jamais; de fait, rien n'avait été payé jusqu'en , sous Jean Le Roy; par conséquent, le contrat était nul de plein droit.

Et si les commandeurs Jean Le Roy, Geoffroy Le Cousturier, Estienne Bernard et Balthazar d'Apremont avaient consenti à des accommodements, à diverses époques, jamais l'approbation de l'Ordre n'était venu donner force à ces arrangements conclus entre particuliers.

Le roi, par lettres royaux du 11 août , accorda aux chevaliers licence de délaisser entièrement les dimes au prieuré de Saint-Christophe, et renvoya le tout au Parlement. André Tiracqueau et Adrien du Drac, conseillers au Parlement, furent chargés d'examiner l'affaire, et les faits ne conclurent pas en faveur des chevaliers. Le 20 novembre suivant, en effet, le Parlement, sur le rapport des conseillers, confirma la sentence du bailliage de Senlis, du 11 mars , qui autorisait Antoine Patent à percevoir muids de grain sur la commanderie de Lagny, comme partie des 50 muids en question.

Nouvel appel de Jacques d'Apremont; mais il fut mis à néant comme les autres, l'arrêt du Parlement maintenu, et le prieuré triompha une fois encore des chevaliers de Saint-Jean. Histoire du prieuré Saint-Christophe, par l'abbé Vattier.

Comité archéologique de Senlis. Olim Senlis, Par Arthur Auguste Beugnot. Paris Imprimerie Royale M. Le précepteur de Lagny-le-Sec vers était frère Herbert d'Ivry, ainsi nommé, sans doute, à cause de la maison du Temple de ce nom, et que nous avons cité parmi les Templiers assistant à une réception à Choisy-le-Temple Vers la même époque, une réception fut faite, en la maison qui nous occupe, par le frère Nicolas le Flameng, qui fut lieutenant du trésorier du Temple de Paris et précepteur de cette maison de Lagny.

Sans doute Nicolas était-il déjà précepteur à la date que nous indiquons; il l'était en tous les cas vers , alors qu'il alla faire une réception au Temple de Laigneville 60 sur l'ordre de Jean Ier de Tour. Procès des Templiers, tome II, page receptus per fratrem Johannem de Turno thesaurarium quondam dicti Templi, requisitus per suum juramentum ad sancta Dei Evangelia corporaliter ab eo tacta prestitum, quod deponeret meram et puram veritatem sine aliqua falsitate in causa fidei de se et de aliis, que dictus inquisitor duxerit requirenda, et primo requisitus de loco in quo fuit receptus, dixit per juramentum suum quod apud Latigniacum Siccum, et sunt sex anni elapsi postquam fuit receptus, et stetit in dicto ordine.

Procès des Templiers, tome II, page Item anno, indicione, pontificatu, anno et die quibus supra, frater Petrus de Villari Ade, etatis quadraginta quinque annorumvel circa, preceptor domus de Oratorio super Autonem, eodem modo constitutus, juratus et interrogatus, dixit per juramentum suum quod fuit receptus in domo de Laignevilla in Belvacinio, per fratrem Nicolaum preceptorem de Latigniaco Sicco de mandato defuncti fratris Johannis de Turno, bene sunt viginti duo anni elapsi vel circa, presentibus fratre Johanni de Laignevilla presbitero, et aliis dicti ordinis qui sunt mortui.

C'est encore sur l'ordre du trésorier de Paris que Jean de Saint-Leu 95 , le dernier précepteur du Temple de Soisy près Taverny 95 , avait été reçu vers l'an à Lagny-le-Sec. Procès des Templiers, tome II, p. Procès des Templiers, tome I, page Interrogatus ubi, per quem, qualiter et quando receptus fuerat, respondit se in magna capella Parisiensis domus Templi fuisse receptum, in vigilia Pasche, erunt viginti anni et ultra, ut sibi videtur, per fratrem Johannem de Turno, quondam thesaurarium tunc Templi Parisiensis, presentibus fratribus P.

Ainsi un Templier nous apprend qu'il fut reçu en la chapelle du Temple de Lagny-le-Sec, au diocèse de Meaux, vers , le mercredi des Cendres, par frère Nicolas le Flameng, lieutenant du trésorier, et en présence de frère Regnaud, prêtre chapelain de la maison. Procès des Templiers, tome I, page Lectis autem et diligenter expositis sibi omnibus et singulis articulis, respondit ad eos, et primo ad primos un, se nescire si in ordine servabantur contenta in dictis im articulis, quia non interfuerat recepcionibus aliorum, nisi recepcioni fratris Johannis de Buffoymont, quondam Parisiensis diocesis, qui fuit receptus, cum ipso teste, in capella domus Templi de Latigniaco Sicco Meldensis diocesis, in carniprivio instanti erunt XX anni vel circa, per fratrem Nicolaum Flamengi locumtenentem thesaurarii Parisiensis, presentibus fratribus Reginaido capellano ordinis in dicta domo, Deodato Raduifo de Ardivilier, et Nicolao de Puteolis servientibus, deffunctis, [ Procès des Templiers, tome I, page Deum et illa illicita que Ipse fecit in recepcione sua et credit quod propter confessiones aliorum et propter illa que audivit dici a fratribus ordinis, quod communiter reciperentur alii sicut ipse fuit receptus per fratrem Johannem de Turno quondam thesaurarium Parisiensem, in quadam die Veneris Intra tempus messium et vindemiarum erunt XXVII anni vel circa, in capella domus Templi de Furchis Senonensis diocesis, presentibus fratribus Raynaldo de Latigniaco Sicco presbytero, Petro de Cormeiiis, Guillelmo Lotoringi preceptore de Bello Visu, et Roberto Picardi preceptore dicte domus de Furchis servientibus, deffunctis,[ Procès des Templiers, tome I, page Et primo ad un primes ut sequitur videlicet se nescire an vera sint contenta in ipsis articulis Verumptamen quando ipse fuit receptus in ordine, in capella domus Templi, de Latigniaco Sico Meldensis diocesis, per fratrem Nicolaum Flamingi, preceptorem tunc dicti loci, in festo beate Marie de Augusto proximo lapso fuerunt circiter decem anni, presentibus fratribus Raynaudo presbitero, Arnulpho clavigero et Jobanne de Garrulis servientibus dicti loci, fui servatus iste modus.

En , autre réception, mais par le trésorier de Paris; une autre, faite en , a pour témoin frère Daniel de Paris, prêtre. Procès des Templiers, tome I, page Item, dixit se per eumdem modum recepisse fratrem Guidonem de Latigniaco Sicco, in capella domus Templi de Latigniaco Sicco, circa mediam Quadragessimam instantem erunt circiter octo anni, presentibus fratribus Daniele de Parisius presbytero, P.

En , si ce n'est un peu avant, le précepteur n'est plus Nicolas le Flameng; c'est frère Raoul de Taverny que nous trouvons à une admission faite à Lagny-le-Sec par le précepteur de France, frère Gérard de Villiers, chevalier. Le clavaire lui aussi est nouveau, et c'est le frère sergent Pierre de Sarcelles. Procès des Templiers, tome I, pages , Vidit eciam recipi fratrem Guilleimum de Gonessa Parisiensis diocesis, servientem, qui fuit missus tunc ultra mare, per fratrem Gerardum de Villaribus militem, tunc preceptorem Francie, circa instans festum nativitatis beati Joannis Baptiste erunt septem anni vel circa, in capella domus Templi de Latinhiaco Sicco Meldensis diocesis, presentibus fratribus Daniele de Parisius presbytero, Radulpho de Taverni tunc preceptore dicte domus, et Humberto de Gayneio Belvacensis diocesis, quos credit vivere, in quorum recepcionibus, vel post, nichil vidit nec scivit fieri illicitum.

Procès des Templiers, tome II, page Dixit nempe se fuisse, receptum, in hac media quadragessima fuerunt quinque anni in capella domus Templi de Latinihaco Sicco Meldensis diocesis, per fratrem Radulphum de Taverniaco preceptorein dicte domus, testem supra examinatum, presentibus, fratribus Guillelmo d'Ormont presbytere, Guillelmo de Crene, Guillelmo, de Sancto Dionisio, et Humberto Valhant qui affugit tenapore capcionis, de quorum vita vel morte non habet certitudinem[ Procès des Templiers, tome II, page Item frater Petrus de Laigneville dispensator domus des Quenoi, etatis XX annorum vel circa, juratus eodem modo de se et aliis in causa fidei dicere veritatem, et interrogatus de tempore et modo sue recepcionis, dixit per juramentum suum quod fuit receptus in domo de Latigniaco Sicco, in Quadragesima erunt duo anni, per fratrem R.

Procès des Templiers, tome II, page 29 Quia non viderat aliquem alium recipi in ordine, nec interfuerat capitulis eorum, nec steterat in ordine, nisi quasi per dimidium annum ante capcionem eorum nam fuerat receptus per fratrem Radulphum de Gisi, testem supra examinatum, de cujus parentela exstitit, in presenti Quadragessima sunt IIII anni, in capella domus Templi de Latinihaco Sicco Meldensis diocesis presentibus fratribus Guidone Lescolhe preceptore de Sabloneriis, Stephano de Sanci, Johanne Monachi, et dicte Tossariz servientibus, de quorum vita vel morte non habet certitudinem,[ Il avait été reçu à Paris, le mercredi des Cendres précédent, puis envoyé à Lagny.

Procès des Templiers, tome II, page Item frater Petrus de Sivre filius domini Acherii de Sivre militis, etatis sexdecim vel XVII annorum, miles dicti ordinis, morans apud Latigniacum Siccum, juratus de seetaliis in causa fidei dicere veritatem, et interrogatus de tempore et modo sue recepcionis, dixit per juramentum suum quod receptus fuit Parisius, in die Cinerum erit annus, per fratrem Hugonem de Paraudo visitatorem Francie, in camera ipsius. L'un de ceux qui habitaient aussi la maison, avait été reçu vers , à Chevru.

Procès des Templiers, tome II, page Item interrogatus de tempore et modo recepcionis sue, dixit per juramentum suum quod bene suntquatuor decem anni vel circa quod fuit receptus apud Chevrutum im Bria juxta Coulommiers Senonensis diocesis, per fratrem Hugonem de Pruvino preceptorem de Bria, de mandato fratris Hugonis de Paraudo preceptorem tunc Francie, presente fratre Philippo de Haya et quodam alio fratre vocato Remigio, qui nunc moptur, ut credit, in domo Montis Suessionensis.

Procès des Templiers, tome II, page Item dicta die, scilicet Veneris ante festum Symonis et Jude, frater Parisetus de Bures Lingonensis diocesis, frater bergerius apud Latigniacum Siccum, etatis quadraginta quinque annorum vel circa, juratus eodem modo, et requisitus de tempore et modo suae recepcionis, dixit per juramentum suum quod fuit receptus in domo Boni Loci Trecensis diocesis, per fratrem Ymbertum militem dicti ordinis, tresdecim anni sunt elapsi.

Un autre encore, frère Michel de Miannay, reçu au Temple du Mont-de-Soissons 02 , était, lors de son arrestation, clavaire à Lagny. Procès des Templiers, tome II, page frater Michael de Sancto Mannyo Ambianensis diocesis, claviger in domo de Latigniaco Sicco, quinquagenarius vel circa, juratus ad sancta Dei Evangelia eidem preposita, et ab eo corporaliter tacta, dicere in causa fidei de se et de aliis personis sui ordinis plenam et integram veritatem, et interrogatus de tempore et modo recepcionis sue, dixit per juramentum suum quod bene sunt XXIII anni vel circa elapsi, quod ipse fuit receptus in domo de Monte Suessionis, per fratrem Henricum de Villa Petrosa militem, magistrum ballivie Suessionensis, et fuerunt presentes in dicta recepcione frater Arnulphus de Villa Saverii, frater Henri eus bergerius illius ordinis, et plures alii de quorum nominibus non recolit.

On trouve encore dans le Procès, à propos de cette maison du Temple de Lagny-le-Sec, deux ou trois passages qui demandent explication: Or, nous supposons que les deux maisons en question étant les deux principales de la Brie, il pouvait être indiffèrent, pour désigner la baillie de Brie, de l'indiquer par les petites baillies du Temple, qui la composaient.

Ce même Raoul de Gisy est encore désigné, en deux autres passages du Procès, comme précepteur des baillies de Lagny-le-Sec et de Sommereux 60 , en même temps que receveur de la Champagne: Il y a là, sans doute, une erreur en ce qui concerna la seconde localité, qui était du diocèse d'Amiens.

Procès des Templiers, tome I, page Eisdem die et loco, post examinacionem dicti fratris P. Il est encore fait mention du Temple de Lagny-le-Sec dans un acte de l'an Les possessions templières recueillent durant les interrogatoires des templiers par les hommes de Philippe le Bel et les commissions pontificales des diocèses de France.

Notice sur le village de Lagny-le-Sec en Je précise que vue la date de ce document, le village et les personnes nommées ne sont plus de nos jours Le plan ci-joint du village de Lagny-le-Sec Latiniacum composait la carte première d'un plan terrier de la Seigneurie de Lagny-le-Sec, dressé en pour les chevaliers du Temple qui possédaient cette seigneurie depuis Dès l'an le commandeur de l'Ordre des Templiers, André de Colours, avait reconnu par acte solennel, les diverses redevances dues par la Maison du Temple de Lagny-le-Sec, au prieuré de Saint-Christophe.

La ferme de Lagny-le-Sec qui comprenait, avec de vastes bâtiments et une chapelle, des terres et prés d'une contenance de hectares, a été démolie et vendue en détail en par M. Ce dernier en avait hérité de son beau-père, M.

Chartier, Baron de Coussay, qui l'avait acquise moyennant Les magnifiques boiseries que l'on a placées devant les tribunes de l'église actuelle de Lagny-le-Sec, viennent de la chapelle de la Commanderie. Le plan de indique, outre la ferme de la Commanderie, une autre également détruite, et dénommée la Ferme du Bâtiment.

Sur son emplacement se trouve la maison de campagne, bâtie en par M. Cartier-Bresson, et habitée aujourd'hui par M.

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Il était omnipotent, ce qui ne l'empêchait pas d'être mort. Donc, au lieu d'expliquer longuement l'état d'esprit d'un personnage, les écrivains objectifs cherchent l'action ou le geste que cet état d'âme doit faire accomplir fatalement à cet homme dans une situation déterminée.

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